Le budget de la défense est l’un des postes de la dépense publique qui augmentent le plus vite. En 2024, les administrations publiques ont dépensé 54,2 milliards d’euros pour les armées, soit 1,85 % du PIB et environ 790 € par habitant, contre 38,0 milliards en 2015 : +43 % en neuf ans. La loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030, actualisée en 2026, prolonge le mouvement, avec un budget du ministère des Armées porté à 57,1 milliards d’euros hors pensions en 2026. Voici ce que cet argent achète, d’où vient la hausse et ce qu’implique l’objectif de 5 % du PIB fixé par l’OTAN.
Le budget de la défense en chiffres
Plusieurs chiffres circulent, et ils ne mesurent pas la même chose. Trois périmètres coexistent :
| Périmètre | Montant | Ce qu’il contient |
|---|---|---|
| Dépense publique de défense 2024 (INSEE, COFOG 02) | 54,2 Md€ | Armées, défense civile, aide militaire, recherche de défense, toutes administrations |
| Mission « Défense » exécutée en 2024 (budget de l’État) | 58,4 Md€ | Crédits du ministère, cotisations aux pensions comprises |
| Budget des armées 2026 (projet de loi de finances) | 57,1 Md€ | Mission « Défense » hors pensions |
Le premier chiffre sert aux comparaisons internationales et à l’Explorer ; le troisième est celui que suivent la LPM et le débat parlementaire. Rapportée à l’ensemble de la dépense publique (1 671,8 milliards d’euros), la défense pèse un peu plus de 3 %. C’est moins que les intérêts de la dette, 60,1 milliards d’euros en 2024 dans les mêmes comptes nationaux (58,1 milliards selon la présentation de l’INSEE de mars 2026).
À quoi servent 54 Md€ : équipements, soldats, entretien
Source : INSEE, comptes nationaux 2024 — dépenses des administrations publiques par fonction (COFOG), diffusé par Eurostat (gov_10a_exp) — fonctions 02.1, 02.2, 02.3, 02.4, 02.5 · Tout le détail dans l’Explorer
Voir les données
| Poste | Montant | Part |
|---|---|---|
| Armements et équipements | 18 Md€ | 33,2 % |
| Militaires et civils de la défense | 14,8 Md€ | 27,4 % |
| Entretien des matériels | 5,8 Md€ | 10,8 % |
| Carburant, vivres et habillement | 3,7 Md€ | 6,8 % |
| Défense civile et autres | 2,8 Md€ | 5,2 % |
| Casernes, bases et infrastructures | 2,7 Md€ | 4,9 % |
| Aide militaire à l’étranger (dont Ukraine) | 2 Md€ | 3,7 % |
| Autres (3 postes) | 4,3 Md€ | 8 % |
Le premier poste n’est pas, comme on le croit souvent, la solde des militaires, mais les armements et équipements : 18,0 milliards d’euros. Viennent ensuite les personnels, 14,8 milliards pour environ 205 000 militaires et 61 000 civils (hors pensions), puis l’entretien des matériels, 5,8 milliards. Le carburant, les vivres et l’habillement représentent 3,7 milliards, les casernes et les bases 2,7 milliards.
Armements et équipements
Avions de combat, frégates, sous-marins, blindés, missiles : les 18,0 milliards d’équipements se répartissent, selon les estimations de l’Explorer fondées sur le programme 146 « Équipement des forces », en environ 6,2 milliards pour la dissuasion nucléaire, 4,0 milliards pour l’aviation, 2,6 milliards pour la marine, 2,1 milliards pour les équipements terrestres et 1,9 milliard pour les munitions et missiles. L’espace, le cyber et les communications comptent pour 1,2 milliard.
Ces dépenses s’étalent sur des décennies : un programme comme un porte-avions ou un sous-marin nucléaire se paie sur quinze ou vingt ans. C’est pourquoi les armées raisonnent en lois de programmation plutôt qu’en budgets annuels.
Opérations extérieures et Sentinelle
Les surcoûts des opérations ne représentent que 1,4 milliard d’euros, dont environ 0,8 milliard pour les opérations extérieures (Levant, Afrique, mer Rouge), 0,3 milliard pour les déploiements à l’est de l’Europe (Roumanie, Estonie) et 0,15 milliard pour l’opération Sentinelle sur le territoire national. Le chiffre est modeste parce qu’il ne compte que le surcoût : la solde des soldats déployés figure déjà dans les dépenses de personnel.
S’y ajoutent 2,0 milliards d’euros d’aide militaire à des pays étrangers en 2024, dont environ 1,8 milliard pour l’Ukraine selon la répartition indicative retenue dans l’Explorer : cessions d’équipements, formation de soldats ukrainiens et contributions aux fonds européens de soutien.
Renseignement et recherche
Le renseignement extérieur et militaire mobilise environ 1,3 milliard d’euros, et la recherche de défense 1,7 milliard : études amont, démonstrateurs, innovation. Ces montants paraissent faibles au regard de leur rôle, mais une partie des dépenses technologiques est aussi logée dans les programmes d’armement.
La LPM 2024-2030 et son actualisation
La loi de programmation militaire votée en 2023 fixait 413 milliards d’euros de besoins pour les armées sur 2024-2030, avec des hausses annuelles de 3,1 à 3,3 milliards d’euros jusqu’en 2027, puis de 4,3 milliards à partir de 2028, pour atteindre 67,4 milliards en 2030 (hors pensions). C’est une trajectoire : chaque année, la loi de finances doit encore voter les crédits correspondants.
Les événements ont accéléré le calendrier :
- Juillet 2025 : le président de la République annonce 3,5 milliards d’euros supplémentaires en 2026 et 3 milliards en 2027, avec l’objectif d’un budget des armées d’environ 64 milliards d’euros en 2027, le double de celui de 2017 (environ 32 milliards).
- Budget 2026 : la mission « Défense » atteint 57,1 milliards d’euros hors pensions, soit 6,7 milliards de plus qu’en 2025 (3,2 milliards prévus par la LPM et 3,5 milliards de « surmarche »), selon les rapports parlementaires.
- Actualisation de la LPM : adoptée définitivement par le Parlement le 1er juillet 2026, elle ajoute 36 milliards d’euros de ressources sur 2026-2030. Le texte adopté évalue l’enveloppe totale de la programmation à 435,7 milliards d’euros ; l’écart avec un simple « 413 + 36 » tient à des périmètres de calcul différents. Les priorités affichées sont notamment les stocks de munitions et les drones, et une partie des dépenses prévues en 2029 et 2030 est avancée à 2028.
- Budget 2027 : les plafonds de dépenses présentés en juillet 2026 prévoient une nouvelle hausse de 6,4 milliards d’euros du budget des armées. Le projet de loi de finances est en cours d’examen au Parlement.
Une hausse de 43 % depuis 2015 : pourquoi
Source : INSEE, comptes nationaux, dépenses par fonction (Eurostat gov_10a_exp) · Voir le détail dans l’Explorer
Voir les données
| Année | Défense |
|---|---|
| 1995 | 2,5 % |
| 1996 | 2,5 % |
| 1997 | 2,3 % |
| 1998 | 2 % |
| 1999 | 2 % |
| 2000 | 1,9 % |
| 2001 | 2 % |
| 2002 | 2 % |
| 2003 | 1,8 % |
| 2004 | 1,8 % |
| 2005 | 1,8 % |
| 2006 | 1,8 % |
| 2007 | 1,8 % |
| 2008 | 1,8 % |
| 2009 | 1,9 % |
| 2010 | 2 % |
| 2011 | 1,8 % |
| 2012 | 1,8 % |
| 2013 | 1,8 % |
| 2014 | 1,7 % |
| 2015 | 1,7 % |
| 2016 | 2 % |
| 2017 | 1,8 % |
| 2018 | 1,8 % |
| 2019 | 1,7 % |
| 2020 | 1,9 % |
| 2021 | 1,7 % |
| 2022 | 1,8 % |
| 2023 | 1,8 % |
| 2024 | 1,8 % |
La courbe raconte une histoire en deux temps. De 1995 à 2014, la défense a été la variable d’ajustement des finances publiques : son poids est tombé de 2,46 % à 1,67 % du PIB, au nom des « dividendes de la paix » après la fin de la guerre froide et de la professionnalisation des armées. Depuis 2015, la dépense repart à la hausse, d’abord après les attentats, puis nettement avec la guerre en Ukraine ; en proportion du PIB, la remontée reste toutefois modeste, de 1,72 % en 2015 à 1,85 % en 2024.
En euros courants, la dépense de défense est passée de 38,0 milliards en 2015 à 54,2 milliards en 2024, soit +43 %. Inflation retirée, la hausse est d’environ 20 % : une partie de l’augmentation sert simplement à compenser la hausse des prix, forte en 2022 et 2023, en particulier sur l’énergie et les matières premières industrielles.
Source : INSEE, comptes nationaux, dépenses par fonction (Eurostat gov_10a_exp) ; déflateur du PIB
Voir les données
| Poste | Évolution réelle 2015-2024 |
|---|---|
| Logement et aménagement | +31 % |
| Environnement | +23 % |
| Police, justice, pompiers | +22 % |
| Santé | +21 % |
| Défense | +20 % |
| Arrêts maladie et invalidité | +18 % |
| Intérêts de la dette | +13 % |
| Culture, sport, loisirs | +11 % |
| Retraites | +9 % |
| Solidarité et lutte contre la pauvreté | +9 % |
| Éducation et recherche | +7 % |
| Fonctionnement des pouvoirs publics | +6 % |
| Famille et enfance | +2 % |
| Économie, transports, énergie | +2 % |
| Chômage et emploi | −3 % |
Plusieurs raisons expliquent l’accélération :
- Le retour de la guerre de haute intensité en Europe. L’Ukraine a montré la consommation massive de munitions, l’importance de la défense sol-air et des drones.
- Le renouvellement des équipements. Une partie des matériels date des années 1980 et 1990 ; la dissuasion nucléaire entre dans un cycle de modernisation (nouveaux sous-marins, missiles).
- De nouveaux domaines. L’espace, le cyber et les fonds marins demandent des capacités qui n’existaient pas il y a vingt ans.
- L’attractivité des métiers. Recruter et fidéliser des militaires suppose des revalorisations de solde et de meilleures conditions de logement.
Objectif OTAN : 2 %, 3,5 %, 5 % du PIB ?
En 2014, les membres de l’OTAN s’étaient engagés à consacrer 2 % de leur PIB à la défense d’ici 2024. Selon les estimations publiées par l’OTAN, qui comptent aussi les pensions militaires et une partie de la gendarmerie, la France a franchi ce seuil : un peu plus de 2 % du PIB en 2024 et en 2025. Au sommet de La Haye, en juin 2025, les Alliés ont adopté un objectif bien plus ambitieux : 5 % du PIB d’ici 2035, dont 3,5 % de défense au sens strict et 1,5 % de dépenses de sécurité au sens large (infrastructures, résilience, industrie).
Source : Eurostat, dépenses des administrations publiques par fonction (gov_10a_exp), 2024
Voir les données
| Pays | % du PIB |
|---|---|
| Suède | 2 % |
| France | 1,9 % |
| Danemark | 1,8 % |
| Pays-Bas | 1,6 % |
| Union européenne (27) | 1,5 % |
| Allemagne | 1,4 % |
| Italie | 1,3 % |
| Belgique | 1,3 % |
| Espagne | 0,9 % |
Au sens des comptes nationaux, la France (1,9 % du PIB selon Eurostat) dépense plus que la moyenne de l’Union européenne (1,5 %), l’Allemagne (1,4 %) ou l’Italie (1,3 %), à peu près autant que la Suède (2,0 %). Mais l’écart se resserre : de nombreux pays européens, l’Allemagne et la Pologne en tête, augmentent leur effort plus vite.
Les débats : financement, priorités, souveraineté
Personne ne conteste qu’une hausse des dépenses militaires doit être financée. Avec un déficit public de 5,8 % du PIB en 2024, chaque milliard supplémentaire pour les armées suppose soit des économies ailleurs, soit des recettes nouvelles, soit davantage de dette. C’est là que les positions divergent.
Pour l’économie, les effets sont eux aussi discutés. Les partisans d’une hausse soulignent que l’essentiel des achats va à une industrie de défense française qui emploie des ouvriers et des ingénieurs sur tout le territoire. Les sceptiques rappellent que l’effet multiplicateur des dépenses militaires est jugé plus faible que celui de l’investissement civil par une partie des économistes, et que les matériels produits ne génèrent pas de revenus futurs.
Pour approfondir le chapitre consacré aux armées, le parcours Comprendre la défense reprend les ordres de grandeur pas à pas, et le détail des armements et équipements se lit ligne par ligne dans l’Explorer.