Budget de l’État ou dépense publique : pourquoi les chiffres diffèrent

Par la Rédaction Équilibre Ninja · Publié le · 7 min de lecture · Budget et lois de finances

Budget de l’État, Sécurité sociale, collectivités : pourquoi on parle de 500 Md€ ou de 1 672 Md€. Les périmètres de la dépense publique expliqués.

106 Md€ de transferts entre administrations publiques en 2024

Chiffres : INSEE, comptes nationaux 2024 (Eurostat gov_10a_main) ; budget de l’État exécuté 2024 ; OFGL, comptes des collectivités 2024 ; comptes 2024 des régimes obligatoires de base de la Sécurité sociale, mis à jour le 31 octobre 2026.

Quand on lit que « le budget de la France » atteint 500 milliards d’euros, puis que la dépense publique dépasse 1 600 milliards, les deux chiffres sont justes. Ils ne mesurent simplement pas la même chose. La différence entre le budget de l’État et la dépense publique tient au périmètre : le premier ne couvre que l’État, voté dans la loi de finances ; la seconde ajoute la Sécurité sociale, les collectivités locales et les agences publiques. En 2024, cette dépense publique totale atteint 1 671,8 Md€, dont un gros tiers seulement passe par l’État. Voici comment s’emboîtent ces budgets, et quel chiffre citer selon la question posée.

Trois budgets, un seul total

L’INSEE, en suivant les règles européennes de la comptabilité nationale, range les administrations publiques (APU) en trois sous-secteurs :

  • les administrations publiques centrales : l’État et ses agences nationales, les ODAC ;
  • les administrations de sécurité sociale (ASSO) : caisses de retraite et d’assurance maladie, Unédic, Agirc-Arrco, mais aussi les hôpitaux publics ;
  • les administrations publiques locales (APUL) : communes, intercommunalités, départements, régions et leurs organismes.

Chacune vote ou arrête son propre budget, selon ses propres règles. Le Parlement vote celui de l’État dans la loi de finances et encadre celui de la Sécurité sociale dans la loi de financement ; les conseils municipaux, départementaux et régionaux votent les leurs. Le total, une fois retirés les doubles comptes, est la dépense publique.

GraphiqueQui dépense ? La dépense publique 2024 par administration, sans double compte1 671,8 Md€ au total, en 2024
  1. Sécurité sociale757,3 Md€ 45,3 %
  2. État et ses agences592,3 Md€ 35,4 %
  3. Collectivités locales322,2 Md€ 19,3 %

Source : Eurostat, comptes des administrations publiques (gov_10a_main), France, par sous-secteur · Tout le détail dans l’Explorer

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PosteMontantPart
Sécurité sociale757,3 Md€45,3 %
État et ses agences592,3 Md€35,4 %
Collectivités locales322,2 Md€19,3 %
Qui dépenseDépense brute 2024Dépense consolidée 2024Part
Sécurité sociale777,3 Md€757,3 Md€45,3 %
État et ses agences671,3 Md€592,3 Md€35,4 %
Collectivités locales330,5 Md€322,2 Md€19,3 %
Total1 779,1 Md€1 671,8 Md€100 %

La colonne « brute » additionne ce que chaque administration dépense. La colonne « consolidée » retire ce qu’elle verse aux autres : c’est elle qui donne le vrai total.

L’État : missions, ministères, opérateurs

Le budget de l’État au sens strict est celui que vote le Parlement chaque automne, mission par mission. En 2024, les missions du budget général, hors remboursements et dégrèvements d’impôts, avaient reçu 441 Md€ de crédits de paiement en loi de finances initiale. Avec le compte spécial « Pensions » (67,9 Md€ versés aux fonctionnaires retraités) et la contribution au budget européen (22,3 Md€), la dépense exécutée de l’État atteint 517,2 Md€ hors dotations aux collectivités. C’est l’ordre de grandeur des « 500 milliards » souvent cités.

Les plus gros postes sont l’enseignement scolaire (84,2 Md€), les retraites des fonctionnaires, les engagements financiers, qui sont pour l’essentiel la charge de la dette de l’État (58,6 Md€), et la défense (58,4 Md€).

GraphiqueL’État et ses agences : les plus gros postes en 2024592,3 Md€ au total, en 2024
  1. Enseignement scolaire84,2 Md€ 14,2 %
  2. Agences de l’État et ajustements comptables75,1 Md€ 12,7 %
  3. Retraites des fonctionnaires de l’État67,9 Md€ 11,5 %
  4. Engagements financiers de l’État58,6 Md€ 9,9 %
  5. Défense58,4 Md€ 9,9 %
  6. Recherche et enseignement supérieur31 Md€ 5,2 %
  7. Solidarité, insertion et égalité des chances30,6 Md€ 5,2 %
  8. Autres (27 postes)186,6 Md€ 31,5 %

Source : Eurostat, comptes des administrations publiques (gov_10a_main), France, par sous-secteur · Tout le détail dans l’Explorer

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PosteMontantPart
Enseignement scolaire84,2 Md€14,2 %
Agences de l’État et ajustements comptables75,1 Md€12,7 %
Retraites des fonctionnaires de l’État67,9 Md€11,5 %
Engagements financiers de l’État58,6 Md€9,9 %
Défense58,4 Md€9,9 %
Recherche et enseignement supérieur31 Md€5,2 %
Solidarité, insertion et égalité des chances30,6 Md€5,2 %
Autres (27 postes)186,6 Md€31,5 %

Mais la dépense publique de l’État va plus loin que son budget. Elle inclut les ODAC, organismes divers d’administration centrale : universités, CNRS, France Travail, agences de l’eau, Météo-France et plusieurs centaines d’autres. Ils sont financés en partie par une subvention de l’État, comptée dans son budget, et en partie par leurs ressources propres, qui n’y figurent pas. En 2024, ces dépenses sur ressources propres, les crédits d’impôt remboursés et les retraitements comptables représentent environ 75 Md€, estimés par différence entre les comptes nationaux et le budget exécuté. Le détail des missions et de leurs programmes est expliqué dans notre article sur le vote de la loi de finances.

La Sécurité sociale : le plus gros budget

C’est le fait le plus méconnu : le premier « dépensier » public n’est pas l’État, mais la Sécurité sociale. Une fois les transferts retirés, elle a dépensé 757,3 Md€ en 2024, plus que l’État et ses agences.

Ce total réunit des organismes aux règles très différentes. Les régimes obligatoires de base (retraite, maladie, famille, autonomie, accidents du travail) sont encadrés par la loi de financement de la Sécurité sociale. L’Agirc-Arrco, qui verse les retraites complémentaires du privé, et l’Unédic, qui gère l’assurance chômage, sont pilotées par les partenaires sociaux et n’en relèvent pas. Les hôpitaux publics, eux, sont classés par l’INSEE parmi les administrations de sécurité sociale.

GraphiqueLes dépenses de la Sécurité sociale en 2024, par branche757,3 Md€ au total, en 2024
  1. Retraites de base (Assurance retraite et autres régimes)277,6 Md€ 36,7 %
  2. Assurance maladie239 Md€ 31,6 %
  3. Retraites complémentaires (Agirc-Arrco)93,9 Md€ 12,4 %
  4. Allocations familiales et petite enfance (CAF)54,6 Md€ 7,2 %
  5. Assurance chômage (Unédic)39 Md€ 5,2 %
  6. Autonomie (grand âge et handicap)37,7 Md€ 5 %
  7. Accidents du travail et maladies professionnelles15,4 Md€ 2 %

Source : Eurostat, comptes des administrations publiques (gov_10a_main), France, par sous-secteur · Tout le détail dans l’Explorer

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PosteMontantPart
Retraites de base (Assurance retraite et autres régimes)277,6 Md€36,7 %
Assurance maladie239 Md€31,6 %
Retraites complémentaires (Agirc-Arrco)93,9 Md€12,4 %
Allocations familiales et petite enfance (CAF)54,6 Md€7,2 %
Assurance chômage (Unédic)39 Md€5,2 %
Autonomie (grand âge et handicap)37,7 Md€5 %
Accidents du travail et maladies professionnelles15,4 Md€2 %

Les retraites de base (277,6 Md€) et l’Assurance maladie (239,0 Md€) en représentent à elles seules plus des deux tiers. Viennent ensuite les retraites complémentaires (93,9 Md€), la famille (54,6 Md€), le chômage (39,1 Md€) et l’autonomie (37,7 Md€).

Les collectivités : communes, départements, régions

Les collectivités locales ont dépensé 322,2 Md€ en 2024, soit près d’un euro public sur cinq. Elles portent plus de la moitié de l’investissement public : routes, écoles, transports, équipements sportifs. À la différence de l’État, elles ne peuvent pas emprunter pour financer leurs dépenses de fonctionnement : c’est la « règle d’or » des budgets locaux.

GraphiqueLes collectivités locales en 2024 : qui dépense quoi322,2 Md€ au total, en 2024
  1. Communes111,5 Md€ 34,6 %
  2. Départements80 Md€ 24,8 %
  3. Intercommunalités62 Md€ 19,2 %
  4. Régions32,2 Md€ 10 %
  5. Syndicats intercommunaux22,1 Md€ 6,8 %
  6. Centres communaux d’action sociale (CCAS)8,4 Md€ 2,6 %
  7. Pompiers (SDIS)6 Md€ 1,9 %

Source : Eurostat, comptes des administrations publiques (gov_10a_main), France, par sous-secteur · Tout le détail dans l’Explorer

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PosteMontantPart
Communes111,5 Md€34,6 %
Départements80 Md€24,8 %
Intercommunalités62 Md€19,2 %
Régions32,2 Md€10 %
Syndicats intercommunaux22,1 Md€6,8 %
Centres communaux d’action sociale (CCAS)8,4 Md€2,6 %
Pompiers (SDIS)6 Md€1,9 %

Les communes arrivent en tête (111,5 Md€), avec les écoles, la voirie, les crèches et la police municipale. Les départements (80,0 Md€) financent surtout l’aide sociale, notamment le RSA et l’allocation personnalisée d’autonomie, ainsi que les collèges. Les intercommunalités (62,0 Md€) gèrent les déchets, l’eau ou les transports ; les régions (32,2 Md€), les lycées, les TER et la formation professionnelle. S’y ajoutent les syndicats intercommunaux (22,1 Md€), les centres communaux d’action sociale (8,4 Md€) et les services d’incendie et de secours (6,0 Md€). Le détail est consultable dans l’Explorer, rubrique collectivités.

Les doubles comptes et la consolidation

Pourquoi ne pas additionner simplement les budgets ? Parce qu’une large part de l’argent circule d’une administration à l’autre avant d’être dépensée. L’État verse des dotations aux communes et aux départements, compense à la Sécurité sociale les exonérations de cotisations qu’il décide, finance des agences. Si l’on comptait cet argent à la fois chez celui qui le verse et chez celui qui le dépense, on le compterait deux fois.

En 2024, les flux croisés atteignent 106,4 Md€ :

Administration qui verseMontantDestinataires
État et ses agences78,7 Md€54,6 Md€ aux collectivités, 24,1 Md€ à la Sécurité sociale
Sécurité sociale19,6 Md€10,2 Md€ à l’État et ses agences, 9,3 Md€ aux collectivités
Collectivités locales8,1 Md€7,0 Md€ à l’État et ses agences, 1,1 Md€ à la Sécurité sociale

Retirer ces 106,4 Md€ du total brut de 1 779,1 Md€ donne la dépense consolidée. Chaque euro est ainsi compté une seule fois, chez l’administration qui le dépense en dernier ressort. C’est la règle suivie par l’INSEE, par Eurostat pour comparer les pays européens, et par la vue « Qui dépense » de l’Explorer.

Quel chiffre citer selon la question posée

Il n’y a pas de bon ou de mauvais chiffre, seulement un chiffre adapté à la question. Les débats sur les dépenses publiques en France reposent presque toujours sur la dépense consolidée, la seule qui se compare au PIB et aux autres pays.

Votre questionLe chiffre à utiliserMontant
Combien dépense la puissance publique au total ?Dépense publique consolidée (APU)1 671,8 Md€ en 2024, 57 % du PIB
Que vote le Parlement dans la loi de finances ?Crédits du budget général de l’État, hors remboursements et dégrèvements441 Md€ votés en LFI 2024
Combien l’État a-t-il vraiment dépensé ?Dépense exécutée, avec pensions et contribution européenne, hors dotations aux collectivités517,2 Md€ en 2024
Quel poids pour la protection sociale ?Dépense consolidée de la Sécurité sociale757,3 Md€ en 2024
Que dépensent les mairies, départements, régions ?Dépense consolidée des collectivités322,2 Md€ en 2024
Le déficit et la dette « de Maastricht » ?Périmètre APU, comptabilité nationaletoutes administrations confondues

La même logique vaut pour les projets en cours : le PLF 2027 ne fixe que les crédits de l’État, mais son objectif de déficit, 5,0 % du PIB, porte sur l’ensemble des administrations publiques.

Explorer ce poste : Qui dépense ?, 1 671,8 Md€ en 2024

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre le budget de l’État et la dépense publique ?

Le budget de l’État ne couvre que les dépenses de l’État, votées dans la loi de finances. La dépense publique, calculée par l’INSEE, ajoute celles de la Sécurité sociale, des collectivités locales et des agences de l’État, sans double compte. En 2024, elle atteint 1 671,8 Md€, dont 592,3 Md€ pour l’État et ses agences.

Qui dépense le plus, l’État ou la Sécurité sociale ?

La Sécurité sociale. En 2024, une fois les transferts retirés, elle a dépensé 757,3 Md€, soit 45,3 % de la dépense publique, contre 592,3 Md€ (35,4 %) pour l’État et ses agences et 322,2 Md€ (19,3 %) pour les collectivités locales.

Que sont les APU ?

Les administrations publiques (APU) regroupent, au sens de la comptabilité nationale, trois sous-secteurs, les administrations publiques centrales (État et ODAC), les administrations de sécurité sociale (ASSO) et les administrations publiques locales (APUL). C’est ce périmètre qui sert à calculer le déficit et la dette au sens de Maastricht.

Qu’est-ce qu’un ODAC ?

Un organisme divers d’administration centrale, financé majoritairement par l’argent public et contrôlé par l’État, avec une compétence nationale. Les universités, le CNRS, France Travail ou les agences de l’eau en font partie. Leurs dépenses comptent dans la dépense publique mais pas dans le budget de l’État, sauf la subvention qu’il leur verse.

Sources