Fin juin 2026, la dette publique de la France atteignait 3 595,5 milliards d’euros, soit 119,0 % du PIB, selon l’INSEE. C’est le plus haut niveau des séries de comptabilité nationale, en euros comme en proportion de la richesse nationale. En dix-huit mois, elle a gagné près de 290 milliards. Et le gouvernement prévoit 121,7 % du PIB en 2027. Combien doit-on exactement, à qui, pourquoi la dette ne baisse jamais, et à quelles conditions pourrait-elle se stabiliser ? Les réponses, chiffres à l’appui.
La dette publique en chiffres
La dette « au sens de Maastricht » est la mesure de référence en Europe. Elle additionne ce que doivent l’État, la Sécurité sociale et les collectivités locales, en neutralisant les prêts qu’elles se consentent entre elles. Le montant par habitant frappe les esprits, mais il trompe un peu : personne ne demandera à chaque Français de rembourser 48 000 €. L’État emprunte chaque année pour rembourser les titres qui arrivent à échéance, exactement comme une entreprise renouvelle ses crédits.
Comment la dette s’est construite : 1995-2024
Source : INSEE, comptes nationaux (Eurostat gov_10a_main, gov_10dd_edpt1)
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| Année | Dette publique |
|---|---|
| 1995 | 58,6 % |
| 1996 | 60 % |
| 1997 | 62 % |
| 1998 | 62,5 % |
| 1999 | 61,4 % |
| 2000 | 59,7 % |
| 2001 | 59,3 % |
| 2002 | 61,3 % |
| 2003 | 65,4 % |
| 2004 | 66,9 % |
| 2005 | 68,2 % |
| 2006 | 65,4 % |
| 2007 | 65,5 % |
| 2008 | 69,8 % |
| 2009 | 84,1 % |
| 2010 | 86,3 % |
| 2011 | 88,7 % |
| 2012 | 91,7 % |
| 2013 | 94,6 % |
| 2014 | 96,2 % |
| 2015 | 97 % |
| 2016 | 98,1 % |
| 2017 | 98,8 % |
| 2018 | 98,5 % |
| 2019 | 98,2 % |
| 2020 | 114,9 % |
| 2021 | 112,8 % |
| 2022 | 111,4 % |
| 2023 | 109,5 % |
| 2024 | 112,6 % |
En 1995, la dette représentait 58,6 % du PIB. Trente ans plus tard, elle a presque doublé en proportion. La courbe ne monte pas en pente douce : elle grimpe par marches d’escalier, à chaque crise, puis ne redescend presque jamais.
Les chocs : 2008-2009, 2020, la crise de l’énergie
- 1995-2007 : une hausse lente, de 58,6 % à 65,5 % du PIB, avec des déficits compris entre 1,3 % et 5,1 % du PIB.
- 2008-2009 : la crise financière fait chuter les recettes et bondir les dépenses de soutien. La dette passe de 69,8 % à 84,1 % du PIB en un an, puis continue de monter jusqu’à 98,8 % en 2017, avant de se stabiliser autour de 98 % jusqu’en 2019.
- 2020 : le Covid-19 et le « quoi qu’il en coûte » (chômage partiel, fonds de solidarité, prêts garantis) portent le déficit à 8,9 % du PIB et la dette à 114,9 %.
- 2022-2023 : le bouclier tarifaire sur l’énergie coûte cher, mais l’inflation gonfle le PIB nominal plus vite que la dette. Le ratio redescend à 109,5 % en 2023.
- Depuis 2024 : sans crise majeure, la dette repart à la hausse : 112,6 % fin 2024, 115,7 % fin 2025, 119,0 % mi-2026.
Ce dernier point est le plus préoccupant pour beaucoup d’économistes : la dette progresse fortement alors que l’économie n’est pas en récession.
Dette brute, dette nette, dette Maastricht
Qui doit quoi : État, Sécurité sociale, collectivités
| Qui doit (fin juin 2026) | Dette brute | Part |
|---|---|---|
| État | 2 942,1 Md€ | 81,8 % |
| Sécurité sociale (Cades, Urssaf, hôpitaux…) | 309,4 Md€ | 8,6 % |
| Collectivités locales | 274,9 Md€ | 7,6 % |
| Organismes divers (agences, établissements publics) | 69,2 Md€ | 1,9 % |
| Total | 3 595,5 Md€ | 100 % |
L’État porte plus de quatre euros de dette sur cinq. Les collectivités locales, elles, n’ont le droit d’emprunter que pour investir, jamais pour payer leurs dépenses courantes : leur dette a même légèrement reculé au deuxième trimestre 2026 (−1,7 Md€). La Sécurité sociale a hérité des déficits passés via la Cades, la caisse chargée d’amortir la dette sociale grâce à la CRDS.
Combien coûtent les intérêts ?
En 2024, les administrations publiques ont versé 60,1 Md€ d’intérêts, soit 2,0 % du PIB. En 2020, c’était 29,7 Md€ ; en 2025, 64,7 Md€ (2,2 % du PIB), selon l’INSEE. Dans la classification par fonction de l’Explorer, les opérations de la dette représentent 58,9 Md€, plus que tout le budget de la défense.
Source : INSEE, comptes nationaux (Eurostat gov_10a_main, gov_10dd_edpt1)
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| Année | Charge d’intérêts |
|---|---|
| 1995 | 3,5 % |
| 1996 | 3,6 % |
| 1997 | 3,6 % |
| 1998 | 3,4 % |
| 1999 | 3,1 % |
| 2000 | 3 % |
| 2001 | 3,1 % |
| 2002 | 3 % |
| 2003 | 2,9 % |
| 2004 | 2,8 % |
| 2005 | 2,7 % |
| 2006 | 2,6 % |
| 2007 | 2,7 % |
| 2008 | 2,9 % |
| 2009 | 2,5 % |
| 2010 | 2,5 % |
| 2011 | 2,7 % |
| 2012 | 2,6 % |
| 2013 | 2,3 % |
| 2014 | 2,2 % |
| 2015 | 2 % |
| 2016 | 1,9 % |
| 2017 | 1,8 % |
| 2018 | 1,8 % |
| 2019 | 1,5 % |
| 2020 | 1,3 % |
| 2021 | 1,4 % |
| 2022 | 1,9 % |
| 2023 | 1,9 % |
| 2024 | 2 % |
Le paradoxe saute aux yeux. En 1996, avec une dette de 60 % du PIB, les intérêts pesaient 3,6 % du PIB. En 2020, avec une dette deux fois plus lourde, ils ne pesaient plus que 1,3 %. Pendant vingt-cinq ans, la baisse des taux a masqué la hausse de la dette. Depuis 2022, le mouvement s’inverse : les obligations émises à taux quasi nuls arrivent à échéance et sont remplacées par des titres bien plus chers.
Source : INSEE, comptes nationaux 2024 — dépenses des administrations publiques par fonction (COFOG), diffusé par Eurostat (gov_10a_exp) — fonctions 01.7 · Tout le détail dans l’Explorer
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| Poste | Montant | Part |
|---|---|---|
| État : obligations à long terme (OAT) | 35 Md€ | 59,5 % |
| Sécurité sociale (Cades, Urssaf, hôpitaux) | 6,8 Md€ | 11,6 % |
| État : obligations indexées sur l’inflation | 5,8 Md€ | 9,9 % |
| État : bons du Trésor à court terme (BTF) | 5,4 Md€ | 9,1 % |
| Collectivités locales | 4,4 Md€ | 7,4 % |
| Organismes publics (SNCF Réseau, Grand Paris…) | 1,5 Md€ | 2,5 % |
Les obligations à long terme de l’État (OAT) concentrent 35,0 Md€ d’intérêts, les OAT indexées sur l’inflation 5,8 Md€ et les bons du Trésor à court terme 5,4 Md€. La Sécurité sociale en paie 6,8 Md€, les collectivités 4,4 Md€.
La dette est-elle soutenable ? L’équation r – g expliquée simplement
Une dette n’est pas « trop élevée » dans l’absolu. Ce qui compte, c’est sa dynamique : va-t-elle se stabiliser ou grossir indéfiniment par rapport à la richesse du pays ?
Taux d’intérêt, croissance, solde primaire
Trois variables suffisent pour comprendre la trajectoire :
- r, le taux d’intérêt moyen payé sur la dette ;
- g, la croissance du PIB nominal (croissance réelle plus inflation) ;
- le solde primaire, c’est-à-dire le déficit hors intérêts.
Si g dépasse r, la croissance « dilue » la dette : le ratio peut se stabiliser même avec un léger déficit primaire. Si r dépasse g, la dette grossit d’elle-même, c’est l’effet boule de neige, et il faut un excédent primaire pour la contenir.
Le danger, souligné par le Haut Conseil des finances publiques, c’est que l’écart se resserre : la croissance nominale ralentit avec la désinflation, tandis que le taux moyen de la dette remonte à mesure qu’elle se renouvelle.
Comparaison européenne
Fin mars 2026, selon Eurostat, la dette française (117,6 % du PIB) était la troisième plus élevée de l’Union européenne, derrière la Grèce (143,5 %) et l’Italie (138,9 %), devant la Belgique (109,1 %) et l’Espagne (101,6 %). La moyenne de la zone euro s’établissait à 88,9 %.
Source : Eurostat, dépenses des administrations publiques par fonction (gov_10a_exp), 2024
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| Pays | % du PIB |
|---|---|
| Italie | 4 % |
| Espagne | 2,5 % |
| Belgique | 2,3 % |
| France | 2 % |
| Union européenne (27) | 1,9 % |
| Allemagne | 1,1 % |
| Suède | 0,8 % |
| Danemark | 0,8 % |
| Pays-Bas | 0,7 % |
Côté intérêts, la France (2,0 % du PIB en 2024) reste loin de l’Italie (4,0 %), mais bien au-dessus de l’Allemagne (1,1 %) ou des Pays-Bas (0,7 %). La confiance des marchés joue aussi : l’écart de taux entre les emprunts français et allemands s’est élargi depuis 2024, ce qui renchérit les nouvelles émissions de la France.
Les débats : réduire vite, lentement, ou investir ?
Sur le diagnostic, les institutions convergent : la dette augmente plus vite que le PIB et la charge d’intérêts va peser de plus en plus. Sur le remède, les écoles divergent.
Simulez la trajectoire de la dette
Que deviendrait la dette avec 1,5 % de croissance au lieu de 1 % ? Avec des taux à 4 % ? Avec un déficit primaire ramené à zéro en trois ans ? Le module Simulations reprend exactement l’équation présentée plus haut et la projette sur dix ans, avec des jeux d’hypothèses prêts à l’emploi.
Pour aller plus loin, le chapitre Dette du parcours Comprendre explique en quelques écrans comment l’État emprunte, et notre analyse du budget de l’État 2026 détaille la mission qui porte la charge de la dette. Vous pouvez aussi tenter de réduire le déficit vous-même dans Équilibrer.