Le budget de l’État 2026 prévoit 452,7 milliards d’euros de dépenses nettes pour 319,2 milliards de recettes nettes, soit un déficit de 134,6 milliards d’euros. Ces chiffres sont ceux de la loi de finances promulguée le 19 février 2026, après un automne de crise politique, une loi spéciale et un recours à l’article 49.3. Premier poste : l’école. Parmi ceux qui grimpent le plus vite : la défense. Et derrière ces montants se cache un piège dans lequel tombent bien des commentaires : le budget de l’État ne représente qu’un gros tiers de la dépense publique.
Le budget de l’État 2026 en 5 chiffres
Pour financer ce déficit et rembourser les emprunts arrivés à échéance, l’État est autorisé à lever 310 milliards d’euros de dette à moyen et long terme en 2026, un record. Le déficit de l’État en représente un peu plus de 43 % ; l’essentiel du reste sert à rembourser les emprunts arrivés à échéance (172,4 Md€, dette reprise de SNCF Réseau comprise).
Budget de l’État ou dépense publique : ne pas confondre
« Le budget de la France », dans le langage courant, désigne souvent la loi de finances. C’est réducteur. Les comptes nationaux de l’INSEE distinguent trois grands blocs d’administrations publiques, et l’État n’est pas le plus gros.
État, Sécurité sociale, collectivités : qui dépense quoi
Source : Eurostat, comptes des administrations publiques (gov_10a_main), France, par sous-secteur · Tout le détail dans l’Explorer
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| Poste | Montant | Part |
|---|---|---|
| Sécurité sociale | 757,3 Md€ | 45,3 % |
| État et ses agences | 592,3 Md€ | 35,4 % |
| Collectivités locales | 322,2 Md€ | 19,3 % |
En 2024, la Sécurité sociale (retraites de base et complémentaires, Assurance maladie, allocations familiales, chômage) a dépensé 757,3 Md€, soit 45,3 % du total. L’État et ses agences arrivent ensuite avec 592,3 Md€ (35,4 %), puis les collectivités locales avec 322,2 Md€ (19,3 %). Chacun de ces blocs a sa propre loi ou son propre vote : la loi de finances pour l’État, la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) pour les caisses, les budgets votés par chaque conseil municipal, départemental ou régional pour les collectivités.
1 671,8 Md€ de dépense publique en 2024, soit 57,0 % du PIB
Tous blocs confondus, la dépense publique a atteint 1 671,8 Md€ en 2024 selon l’INSEE, pour 1 502,7 Md€ de recettes : 169,1 Md€ de déficit, soit 5,8 % du PIB. La différence de périmètre est spectaculaire : les retraites, premier poste de la dépense publique avec 432,6 Md€, passent presque entièrement par la Sécurité sociale et n’apparaissent dans le budget de l’État qu’à travers les pensions des fonctionnaires et quelques subventions d’équilibre. Pour une vue complète, notre article sur la répartition des dépenses publiques détaille les quinze grands postes.
Les grandes missions de l’État en 2026
Le budget général se découpe en une trentaine de missions, elles-mêmes divisées en programmes. Chaque mission reçoit des crédits de paiement (ce qui peut être décaissé dans l’année) et des autorisations d’engagement (ce qui peut être signé, parfois sur plusieurs années).
Enseignement scolaire, défense, charge de la dette : le trio de tête
| Mission (loi de finances 2026) | Crédits de paiement |
|---|---|
| Enseignement scolaire | 89,6 Md€ |
| Défense | 66,5 Md€ |
| Engagements financiers de l’État (charge de la dette) | 60,3 Md€ |
| Recherche et enseignement supérieur | 31,6 Md€ |
| Solidarité, insertion et égalité des chances | 31,3 Md€ |
| Sécurités (police, gendarmerie) | 25,8 Md€ |
| Écologie, développement et mobilité durables | 22,8 Md€ |
| Cohésion des territoires (logement, hébergement) | 22,6 Md€ |
| Travail, emploi et administration des ministères sociaux | 20,8 Md€ |
| Justice | 13,0 Md€ |
L’enseignement scolaire reste de loin la première mission : près de 90 Md€, consacrés pour l’essentiel aux salaires des enseignants et des personnels de l’Éducation nationale. La défense occupe désormais la deuxième place, portée par la loi de programmation militaire et par les 3,5 Md€ supplémentaires annoncés en juillet 2025 pour 2026. Quant à la mission « Engagements financiers », elle pèse presque autant que l’armée : c’est le prix des intérêts versés aux détenteurs d’obligations de l’État, que l’on retrouve dans notre dossier sur la dette publique de la France.
À ces missions s’ajoutent des dépenses logées ailleurs dans la loi : le compte d’affectation spéciale « Pensions », qui verse les retraites des fonctionnaires de l’État (67,9 Md€ exécutés en 2024), et les prélèvements sur recettes : 44,8 Md€ reversés aux collectivités territoriales et 28,4 Md€ à l’Union européenne en 2026.
Source : Eurostat, comptes des administrations publiques (gov_10a_main), France, par sous-secteur · Tout le détail dans l’Explorer
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| Poste | Montant | Part |
|---|---|---|
| Enseignement scolaire | 84,2 Md€ | 14,2 % |
| Agences de l’État et ajustements comptables | 75,1 Md€ | 12,7 % |
| Retraites des fonctionnaires de l’État | 67,9 Md€ | 11,5 % |
| Engagements financiers de l’État | 58,6 Md€ | 9,9 % |
| Défense | 58,4 Md€ | 9,9 % |
| Recherche et enseignement supérieur | 31 Md€ | 5,2 % |
| Solidarité, insertion et égalité des chances | 30,6 Md€ | 5,2 % |
| Sécurités | 25,3 Md€ | 4,3 % |
| Écologie, développement et mobilité durables | 23,3 Md€ | 3,9 % |
| Autres (25 postes) | 137,9 Md€ | 23,3 % |
Ce graphique, tiré de l’Explorer, montre la dernière année exécutée (2024) dans le périmètre des comptes nationaux. Il ajoute les dépenses des agences de l’État et retire les dotations versées aux collectivités, pour ne rien compter deux fois.
Les missions qui augmentent, celles qui baissent
Comparer deux lois de finances votées permet de lire les priorités. Entre les crédits votés pour 2024 et ceux votés pour 2026 (en euros courants, à périmètre de mission courant) :
| Mission | LFI 2024 | LFI 2026 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Cohésion des territoires | 19,2 Md€ | 22,6 Md€ | +17,6 % |
| Défense | 56,8 Md€ | 66,5 Md€ | +17,1 % |
| Justice | 12,2 Md€ | 13,0 Md€ | +6,6 % |
| Sécurités | 24,3 Md€ | 25,8 Md€ | +6,3 % |
| Enseignement scolaire | 87,0 Md€ | 89,6 Md€ | +3,0 % |
| Engagements financiers de l’État | 60,8 Md€ | 60,3 Md€ | −0,8 % |
| Travail et emploi (périmètre élargi en 2026, voir ci-dessous) | 22,7 Md€ | 20,8 Md€ | −8,1 % |
| Aide publique au développement | 5,9 Md€ | 3,6 Md€ | −39,7 % |
| Investir pour la France de 2030 | 7,7 Md€ | 4,4 Md€ | −42,9 % |
Les fonctions régaliennes (armées, justice, police) progressent nettement plus vite que les prix sur la période. À l’inverse, l’aide au développement, le plan d’investissement France 2030 et la politique de l’emploi (apprentissage, contrats aidés) reculent. Pour l’emploi, la comparaison est seulement indicative : la mission a été rebaptisée en 2026 « Travail, emploi et administration des ministères sociaux » et son périmètre a changé. La quasi-stabilité de la charge de la dette entre ces deux lois est trompeuse : elle tient aux hypothèses de taux et d’inflation retenues à chaque fois, et la tendance de fond reste à la hausse.
D’où viennent les recettes de l’État ?
En 2026, les recettes fiscales nettes de l’État sont estimées à 363,6 Md€, auxquelles s’ajoutent 28,9 Md€ de recettes non fiscales (dividendes des entreprises publiques, amendes, ventes de biens et services).
| Recette (loi de finances 2026) | Montant net |
|---|---|
| Impôt sur le revenu | 99,8 Md€ |
| TVA (part de l’État) | 99,8 Md€ |
| Impôt sur les sociétés | 61,6 Md€ |
| Accises sur les énergies (carburants, gaz, électricité ; part de l’État) | 25,3 Md€ |
| Autres impôts et taxes | 77,0 Md€ |
| Recettes non fiscales | 28,9 Md€ |
Une surprise pour beaucoup : la TVA, premier impôt de France, ne rapporte « que » 99,8 Md€ à l’État. C’est qu’une grande partie de son produit est affectée à la Sécurité sociale et aux collectivités. Toutes administrations confondues, la TVA a rapporté 207,8 Md€ en 2024. De même, la CSG (153,1 Md€ en 2024) et les cotisations sociales (483,6 Md€) n’entrent pas dans le budget de l’État : elles financent directement la protection sociale.
Source : INSEE, comptes nationaux 2024 — recettes des administrations publiques par nature (SEC 2010), diffusé par Eurostat (gov_10a_main) · Tout le détail dans l’Explorer
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| Poste | Montant | Part |
|---|---|---|
| Cotisations sociales | 483,6 Md€ | 32,2 % |
| TVA et taxes sur la consommation | 307,1 Md€ | 20,4 % |
| Impôts sur le revenu (IR, CSG, CRDS) | 276,8 Md€ | 18,4 % |
| Autres recettes (ventes, revenus du patrimoine public…) | 175,8 Md€ | 11,7 % |
| Impôts locaux et sur la production | 133,1 Md€ | 8,9 % |
| Impôt sur les sociétés et assimilés | 82,1 Md€ | 5,5 % |
| Patrimoine et successions | 44,2 Md€ | 2,9 % |
Pour voir chaque impôt en détail, l’onglet Recettes de l’Explorer décompose la TVA par taux, l’impôt sur le revenu par tranche de revenus et les cotisations par type de cotisant.
Le déficit 2026 et sa révision en cours d’année
La loi de finances visait un déficit public de 5,0 % du PIB en 2026, toutes administrations confondues, après 5,1 % en 2025 (INSEE). Cet objectif n’a pas tenu. Dans le projet de loi de finances pour 2027, présenté à l’automne 2026, le gouvernement prévoit désormais un déficit de 5,4 % du PIB pour 2026, puis de 5,0 % en 2027, et une dette qui atteindrait 121,7 % du PIB en 2027.
Source : INSEE, comptes nationaux (Eurostat gov_10a_main, gov_10dd_edpt1)
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| Année | Déficit public |
|---|---|
| 2000 | 1,3 % |
| 2001 | 1,4 % |
| 2002 | 3,2 % |
| 2003 | 4,1 % |
| 2004 | 3,6 % |
| 2005 | 3,5 % |
| 2006 | 2,7 % |
| 2007 | 3 % |
| 2008 | 3,5 % |
| 2009 | 7,4 % |
| 2010 | 7,2 % |
| 2011 | 5,3 % |
| 2012 | 5,2 % |
| 2013 | 4,9 % |
| 2014 | 4,6 % |
| 2015 | 3,9 % |
| 2016 | 3,8 % |
| 2017 | 3,4 % |
| 2018 | 2,3 % |
| 2019 | 2,4 % |
| 2020 | 8,9 % |
| 2021 | 6,6 % |
| 2022 | 4,7 % |
| 2023 | 5,4 % |
| 2024 | 5,8 % |
Plusieurs facteurs expliquent ce dérapage : une croissance revue de 1 % à 0,5 % pour 2026, et les conséquences de la crise en Iran au printemps 2026 (hausse des prix de l’énergie, mesures de soutien comme l’aide de 100 € aux « grands rouleurs »). Pour compenser une partie de ces dépenses, deux décrets du 11 juin 2026 ont annulé 0,95 Md€ de crédits de paiement, et le gouvernement a mis en réserve 1,7 Md€ de crédits de paiement supplémentaires. Ces outils permettent d’ajuster le budget sans loi de finances rectificative, mais dans des limites étroites fixées par la loi organique.
Ce que coûte le budget de l’État pour un ménage
Rapportées aux 31,4 millions de ménages recensés par l’INSEE, les dépenses nettes de l’État représentent environ 14 400 € par ménage et par an, et son déficit près de 4 300 € par ménage. Pour toute la dépense publique, Sécurité sociale et collectivités comprises, la facture moyenne monte à 53 242 € par ménage (2024).
Ces moyennes donnent un ordre de grandeur, pas une facture individuelle : un ménage ne « paie » pas sa part, il contribue selon ses revenus et sa consommation et reçoit selon sa situation (enfants scolarisés, retraite, soins). Pour savoir ce que finance concrètement votre salaire, le simulateur Ma paie répartit chaque euro de votre fiche de paie entre les grands postes.
Les débats : réduire les dépenses, hausser les recettes, ou les deux ?
Avec un déficit public revu à 5,4 % du PIB et une charge de la dette en hausse, la Cour des comptes, le Haut Conseil des finances publiques et la Commission européenne appellent à corriger la trajectoire. Les désaccords portent sur la méthode et le rythme.
Pour comprendre l’ensemble du tableau avant de trancher, le chapitre Vue d’ensemble du parcours Comprendre résume en quelques écrans d’où vient l’argent public et où il va. Et pour passer à l’action, le jeu Équilibrer vous met dans le fauteuil du ministre : 169 Md€ de déficit à combler, poste par poste.