Loi de finances : comment se prépare et se vote le budget de la France

Par la Rédaction Équilibre Ninja · Publié le · 8 min de lecture · Budget et lois de finances

Comment le budget de la France est-il voté ? LOLF, PLF, PLFSS, calendrier, 49.3, loi spéciale : le parcours d’une loi de finances expliqué.

70 jours pour voter le budget, selon l’article 47 de la Constitution

Chiffres : Constitution (art. 40, 47, 47-1, 49) ; LOLF du 1er août 2001 ; budget de l’État exécuté 2024, mis à jour le 31 octobre 2026.

Une loi de finances est le texte par lequel le Parlement autorise, chaque année, l’État à lever l’impôt et à dépenser. Elle est préparée par le gouvernement au printemps et en été, déposée à l’automne, puis discutée en 70 jours au plus par l’Assemblée nationale et le Sénat, avant d’être contrôlée par le Conseil constitutionnel. Les règles du jeu tiennent en deux textes : l’article 47 de la Constitution et la loi organique relative aux lois de finances, la LOLF. Voici le parcours complet, des bureaux de Bercy jusqu’au Journal officiel, avec les cas récents qui l’ont bousculé.

Qu’est-ce qu’une loi de finances ?

La règle est ancienne : sans vote du Parlement, pas d’impôt. La loi de finances fixe deux choses à la fois. D’un côté, elle autorise la perception des impôts et en modifie les règles (barème de l’impôt sur le revenu, taux, niches fiscales). De l’autre, elle ouvre des crédits, c’est-à-dire des plafonds de dépenses, pour chaque politique de l’État. Elle se présente en deux parties : la première porte sur les recettes et l’équilibre général, la seconde sur les dépenses détaillées. La LOLF interdit d’examiner la seconde avant d’avoir voté la première : on vote d’abord ce que l’on peut dépenser au total.

LFI, LFR, loi d’approbation des comptes

  • La loi de finances initiale (LFI) est le budget de l’année, voté en fin d’année précédente.
  • La loi de finances rectificative (LFR), parfois appelée « collectif budgétaire », corrige la LFI en cours d’année : crise, recettes plus faibles que prévu, mesures d’urgence. Depuis la réforme de la LOLF de 2021, une loi de finances de fin de gestion peut aussi ajuster les crédits en fin d’exercice.
  • La loi relative aux résultats de la gestion et portant approbation des comptes, longtemps appelée loi de règlement, constate au printemps suivant ce qui a été réellement dépensé et encaissé. C’est elle qui révèle les écarts entre le voté et l’exécuté.

Et la Sécurité sociale ? (PLFSS)

Depuis la révision constitutionnelle de 1996, la Sécurité sociale a sa propre loi : la loi de financement de la Sécurité sociale. Le PLFSS est déposé en même temps que le PLF, début octobre. Il fixe les prévisions de recettes des caisses et l’objectif national de dépenses d’assurance maladie (Ondam). Mais à la différence des crédits de l’État, ses montants ne sont pas des plafonds stricts : une pension ou un remboursement sont dus même si l’objectif est dépassé. Or la Sécurité sociale pèse plus lourd que l’État dans la dépense publique, ce que détaille notre article sur la différence entre budget de l’État et dépense publique.

Le calendrier budgétaire : d’avril à décembre

Un budget se prépare pendant près d’un an. Le calendrier budgétaire suit des étapes fixées par la LOLF et par les règles européennes.

  1. Printemps : la direction du Budget recueille les demandes des ministères. La France transmet à la Commission européenne son rapport annuel d’avancement sur sa trajectoire de finances publiques. La loi d’approbation des comptes de l’année écoulée est déposée.
  2. Juin et juillet : arbitrages à Matignon. Chaque ministre reçoit une « lettre plafond ». Avant le 15 juillet, le gouvernement transmet au Parlement les plafonds de dépenses envisagés par mission (article 48 de la LOLF).
  3. Septembre : rédaction des articles. Le Haut Conseil des finances publiques rend son avis sur le scénario économique.
  4. Au plus tard le premier mardi d’octobre : dépôt du PLF à l’Assemblée nationale, après adoption en Conseil des ministres, avec les projets annuels de performances de chaque mission. Le PLFSS suit le même mouvement.
  5. Octobre à décembre : examen parlementaire, puis contrôle du Conseil constitutionnel.
  6. Avant le 31 décembre : promulgation et publication au Journal officiel. Le budget s’applique au 1er janvier.

Missions, programmes, actions : lire la maquette budgétaire

Depuis l’entrée en vigueur complète de la LOLF en 2006, le budget n’est plus voté par ministère et par nature de dépense, mais par politique publique. La maquette compte trois niveaux.

  • La mission correspond à une grande politique (Défense, Enseignement scolaire, Justice). C’est l’unité de vote : le Parlement adopte les crédits mission par mission. Une mission peut relever de plusieurs ministères, comme Recherche et enseignement supérieur.
  • Le programme est l’unité de gestion. Il est confié à un responsable, assorti d’objectifs et d’indicateurs de performance, et porte un numéro stable d’une année sur l’autre.
  • L’action précise la destination des crédits à l’intérieur du programme, à titre indicatif.

Prenons la mission Enseignement scolaire, la première de l’État : 84,2 Md€ exécutés en 2024 hors transferts aux collectivités. Elle se divise notamment en programme 140 (premier degré public, 26,7 Md€), programme 141 (second degré public, 38,2 Md€), programme 139 (enseignement privé sous contrat, 8,9 Md€) et programme 230 (vie de l’élève).

GraphiqueMission Enseignement scolaire : les programmes en 202484,2 Md€ au total, en 2024
  1. Enseignement scolaire public du second degré38,2 Md€ 45,4 %
  2. Enseignement scolaire public du premier degré26,7 Md€ 31,7 %
  3. Enseignement privé du premier et du second degrés8,9 Md€ 10,6 %
  4. Vie de l’élève5,9 Md€ 7 %
  5. Soutien de la politique de l’éducation nationale2,9 Md€ 3,4 %
  6. Enseignement technique agricole1,6 Md€ 1,9 %

Source : Projet de loi relatif aux résultats de la gestion 2024 (PLRG, ex-loi de règlement), dépenses exécutées — data.economie.gouv.fr · Tout le détail dans l’Explorer

Voir les données
PosteMontantPart
Enseignement scolaire public du second degré38,2 Md€45,4 %
Enseignement scolaire public du premier degré26,7 Md€31,7 %
Enseignement privé du premier et du second degrés8,9 Md€10,6 %
Vie de l’élève5,9 Md€7 %
Soutien de la politique de l’éducation nationale2,9 Md€3,4 %
Enseignement technique agricole1,6 Md€1,9 %

La mission Défense compte quatre programmes : 144 (environnement et prospective), 146 (équipement des forces), 178 (préparation et emploi des forces) et 212 (soutien de la politique de la défense, qui porte notamment les dépenses de personnel). La mission Engagements financiers de l’État repose surtout sur le programme 117, la charge de la dette : 49,3 Md€ dépensés en 2024 pour 51,4 Md€ prévus. Ces crédits sont dits évaluatifs : l’État doit payer ses intérêts quel que soit le montant voté, contrairement aux crédits limitatifs des autres programmes.

Au budget général s’ajoutent les budgets annexes, les comptes spéciaux, comme le compte « Pensions » qui verse les retraites des fonctionnaires de l’État, et les prélèvements sur recettes, comme la contribution au budget européen (22,3 Md€ en 2024). Toutes ces lignes sont consultables dans l’Explorer, rubrique État, et la page Comprendre l’administration explique qui gère quoi.

Le vote au Parlement : 70 jours, deux lectures, la CMP

L’article 47 de la Constitution fixe des délais stricts, conçus pour qu’un budget soit toujours prêt au 1er janvier.

ÉtapeDélaiCe qui se passe
Commission des finances de l’Assembléequelques joursexamen des articles et des amendements, rapport général et rapports spéciaux par mission
Séance publique à l’Assemblée40 jours au total depuis le dépôtvote de la première partie, puis de la seconde, puis vote solennel
Sénat20 jours (15 si l’Assemblée n’a pas statué à temps)même parcours, en commission puis en séance
Commission mixte paritaire (CMP)variable7 députés et 7 sénateurs cherchent un texte commun
Lecture des conclusions, puis lecture définitivejusqu’au 70e jouren cas de désaccord, l’Assemblée a le dernier mot

Le vote du budget obéit aussi à une contrainte forte : l’article 40 de la Constitution. Un parlementaire ne peut pas proposer d’amendement qui réduirait les recettes ou créerait une dépense publique. Il peut en revanche déplacer des crédits d’un programme à un autre au sein d’une même mission, sans modifier son total. Pour le PLFSS, la procédure est identique mais plus courte : 50 jours au total, dont 20 pour l’Assemblée.

Si le Parlement ne s’est pas prononcé dans les 70 jours, la Constitution permet au gouvernement de mettre le projet en vigueur par ordonnance. Cette arme n’a jamais été utilisée.

49.3, ordonnances, loi spéciale : les procédures d’exception

L’article 49.3. Le Premier ministre peut engager la responsabilité du gouvernement sur un texte : celui-ci est adopté sans vote, sauf si une motion de censure réunit la majorité absolue des députés. Depuis 2008, il ne peut l’utiliser que sur un seul texte ordinaire par session, mais sans limite sur les lois de finances et de financement de la Sécurité sociale. Les budgets 2023, 2024, 2025 et 2026 ont tous été adoptés de cette façon, faute de majorité absolue à l’Assemblée. Pour le budget 2026, le gouvernement l’a engagé à trois reprises à partir de janvier 2026 ; les dernières motions de censure ont été rejetées le 2 février.

La loi spéciale. Si le budget ne peut pas être promulgué avant le 1er janvier, le gouvernement demande au Parlement l’autorisation de continuer à percevoir les impôts existants et d’emprunter. Les ministères ne peuvent alors dépenser que les « services votés », le minimum jugé indispensable. Utilisée en 1979 après l’annulation du budget 1980 par le Conseil constitutionnel, la procédure est redevenue d’actualité : en décembre 2024, après la censure du gouvernement, puis en décembre 2025, après l’échec de la commission mixte paritaire (loi n° 2025-1316 du 26 décembre 2025). La loi de finances pour 2026 (loi n° 2026-103) n’a été promulguée que le 19 février 2026.

Pour suivre ces étapes en temps réel sur le budget de l’année prochaine, notre décryptage du PLF 2027 est mis à jour à chaque vote.

Le rôle de la Cour des comptes et du HCFP

Deux institutions indépendantes encadrent la procédure. Le Haut Conseil des finances publiques, créé en 2012 et présidé par le premier président de la Cour des comptes, rend un avis public sur les prévisions de croissance et de déficit de chaque projet de loi de finances. Son avis n’est pas contraignant, mais il est joint au projet et peut être invoqué devant le Conseil constitutionnel.

La Cour des comptes intervient en aval. Elle se prononce chaque année sur la certification des comptes de l’État et de ceux du régime général de la Sécurité sociale, publie un rapport sur l’exécution du budget de l’État et une note d’analyse par mission. Ses observations nourrissent la loi d’approbation des comptes. Le Conseil constitutionnel, saisi le plus souvent par 60 députés ou 60 sénateurs, vérifie enfin la procédure et censure les « cavaliers budgétaires », ces articles sans rapport avec les finances de l’année.

Explorer ce poste : État et ses agences, 592,3 Md€ en 2024

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’une loi de finances ?

C’est la loi qui autorise chaque année l’État à percevoir les impôts et fixe le montant maximal de ses dépenses, mission par mission. La loi de finances initiale est votée à l’automne pour l’année suivante ; elle peut être corrigée en cours d’année par une loi de finances rectificative, et son exécution est constatée par une loi d’approbation des comptes.

Combien de temps le Parlement a-t-il pour voter le budget ?

70 jours à compter du dépôt du projet, selon l’article 47 de la Constitution. Selon la LOLF, l’Assemblée nationale dispose de 40 jours pour la première lecture, le Sénat de 20 jours, ramenés à 15 si l’Assemblée n’a pas achevé sa lecture dans les temps. Pour le budget de la Sécurité sociale, le délai total est de 50 jours.

Que se passe-t-il si le budget n’est pas voté au 31 décembre ?

Le gouvernement fait voter une loi spéciale qui l’autorise à continuer de percevoir les impôts existants et à emprunter. Les dépenses sont alors limitées aux services votés, le minimum pour faire fonctionner l’État. Ce fut le cas en décembre 2024, après la censure du gouvernement, et en décembre 2025, faute d’accord entre les deux chambres.

Le gouvernement peut-il utiliser le 49.3 pour le budget ?

Oui, sans limite de nombre pour les projets de loi de finances et de financement de la Sécurité sociale, alors qu’il ne peut l’utiliser que sur un seul autre texte par session. Le texte est adopté sans vote, sauf si une motion de censure est votée par la majorité absolue des députés.

Quelle différence entre mission, programme et action ?

La mission regroupe les crédits d’une grande politique publique, comme la Défense ; c’est l’unité de vote. Le programme, confié à un responsable, est l’unité de gestion, par exemple le programme 146 « Équipement des forces ». L’action détaille l’usage des crédits à l’intérieur du programme.

Sources