Le coût des retraites en France atteint 432,6 milliards d’euros en 2024, selon les comptes nationaux de l’INSEE. C’est le premier poste de dépense publique : plus d’un euro sur quatre (25,9 %), 14,7 % du PIB et près de 6 300 € par habitant. En trente ans, la somme a été multipliée par 2,8. Voici d’où elle vient, régime par régime, pourquoi elle augmente et quels leviers permettraient de la maîtriser.
432,6 Md€ : le premier poste de dépense publique
Les comptes nationaux regroupent sous ce chiffre les pensions de vieillesse (droit direct) et de réversion versées aux conjoints survivants, le minimum vieillesse et les dépenses liées à la dépendance des personnes âgées. C’est plus que la santé (261,2 Md€) et l’éducation (168,5 Md€) réunies, ou presque huit fois le budget de la défense.
Ces montants sont versés à 17,2 millions de personnes qui perçoivent une pension de droit direct fin 2023 (Drees, édition 2025), pour une pension moyenne de 1 666 € bruts par mois, soit 1 541 € nets. En comptant les quelque 900 000 personnes qui ne perçoivent qu’une pension de réversion, environ 18 millions de personnes touchent une retraite.
Régime par régime
Le système français n’est pas un bloc unique mais une quarantaine de régimes. Le site les regroupe en huit ensembles. Les montants ci-dessous sont des estimations : les comptes nationaux publient le total par fonction, que nous répartissons entre régimes avec des clés tirées des données des caisses (méthode détaillée dans l’Explorer).
Source : INSEE, comptes nationaux 2024 — dépenses des administrations publiques par fonction (COFOG), diffusé par Eurostat (gov_10a_exp) — fonctions 10.2, 10.3 · Tout le détail dans l’Explorer
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| Poste | Montant | Part |
|---|---|---|
| Régime général (salariés du privé) | 150,9 Md€ | 34,9 % |
| Retraites complémentaires (Agirc-Arrco, Ircantec) | 105 Md€ | 24,3 % |
| Fonctionnaires (État, collectivités, hôpitaux) | 91,3 Md€ | 21,1 % |
| Agriculteurs, indépendants et professions libérales | 34,7 Md€ | 8 % |
| Personnes âgées dépendantes (APA, Ehpad) | 23,3 Md€ | 5,4 % |
| Régimes spéciaux (SNCF, RATP, électriciens…) | 19,1 Md€ | 4,4 % |
| Gestion des caisses de retraite | 4,2 Md€ | 1 % |
| Minimum vieillesse (ASPA) | 4,1 Md€ | 1 % |
| Régime | Montant 2024 (estimé) | Part |
|---|---|---|
| Régime général (salariés du privé) | 150,9 Md€ | 34,9 % |
| Complémentaires Agirc-Arrco et Ircantec | 105,0 Md€ | 24,3 % |
| Fonctionnaires (État, collectivités, hôpitaux) | 91,3 Md€ | 21,1 % |
| Indépendants, agriculteurs, libéraux | 34,7 Md€ | 8,0 % |
| Dépendance des personnes âgées (APA, Ehpad) | 23,3 Md€ | 5,4 % |
| Régimes spéciaux | 19,1 Md€ | 4,4 % |
| Gestion des caisses | 4,2 Md€ | 1,0 % |
| Minimum vieillesse (ASPA) | 4,1 Md€ | 1,0 % |
Régime général et complémentaires Agirc-Arrco
Un salarié du privé touche deux pensions. La retraite de base, versée par l’Assurance retraite (Cnav), dépend du salaire des 25 meilleures années et du nombre de trimestres validés. La retraite complémentaire Agirc-Arrco fonctionne par points : chaque année de cotisation achète des points, convertis en pension au départ. Gérée paritairement par les syndicats et le patronat, elle fixe elle-même la valeur de ses points. À elles deux, ces caisses versent près de 60 % des pensions.
Fonctionnaires et régimes spéciaux
Les fonctionnaires (91,3 Md€) ont leurs propres régimes : le service des retraites de l’État pour les fonctionnaires civils et les militaires, la CNRACL pour les agents des collectivités et des hôpitaux. Leur pension est calculée sur le traitement indiciaire des six derniers mois, hors primes pour l’essentiel.
Les régimes spéciaux (19,1 Md€) couvrent la SNCF, la RATP, les industries électriques et gazières, les marins, les mines, la Banque de France ou les clercs de notaire. Leur poids dans le débat dépasse largement leur poids financier. Le régime de la SNCF est fermé aux nouveaux embauchés depuis 2020, et la réforme de 2023 a fermé ceux de la RATP, des industries électriques et gazières et de la Banque de France : ils continueront de verser des pensions pendant des décennies, mais n’accueillent plus de nouveaux cotisants.
Minimum vieillesse et dépendance
L’allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA, 4,1 Md€) garantit un revenu minimal aux retraités aux faibles pensions, sous condition de ressources. Les dépenses de dépendance (23,3 Md€) regroupent l’allocation personnalisée d’autonomie, à domicile ou en établissement, et les soins financés en Ehpad par l’Assurance maladie.
Pourquoi le coût a presque triplé depuis 1995
En 1995, les retraites coûtaient 154,6 Md€. Elles atteignaient 331,8 Md€ en 2015 et 432,6 Md€ en 2024 : un facteur 2,8 en euros courants, et une hausse de 30 % depuis 2015.
Source : INSEE, comptes nationaux, dépenses par fonction (Eurostat gov_10a_exp) · Voir le détail dans l’Explorer
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| Année | Retraites |
|---|---|
| 1995 | 154,6 Md€ |
| 1996 | 158,9 Md€ |
| 1997 | 162,2 Md€ |
| 1998 | 167 Md€ |
| 1999 | 173,5 Md€ |
| 2000 | 178 Md€ |
| 2001 | 185 Md€ |
| 2002 | 192,5 Md€ |
| 2003 | 201,7 Md€ |
| 2004 | 216,2 Md€ |
| 2005 | 227 Md€ |
| 2006 | 242,8 Md€ |
| 2007 | 255,7 Md€ |
| 2008 | 269,1 Md€ |
| 2009 | 279,8 Md€ |
| 2010 | 289,9 Md€ |
| 2011 | 301,6 Md€ |
| 2012 | 312,3 Md€ |
| 2013 | 320,1 Md€ |
| 2014 | 326,9 Md€ |
| 2015 | 331,8 Md€ |
| 2016 | 337 Md€ |
| 2017 | 345 Md€ |
| 2018 | 352,4 Md€ |
| 2019 | 360,2 Md€ |
| 2020 | 368,1 Md€ |
| 2021 | 372,5 Md€ |
| 2022 | 387,6 Md€ |
| 2023 | 407,7 Md€ |
| 2024 | 432,6 Md€ |
Démographie, montant moyen des pensions, inflation
Trois moteurs expliquent cette progression.
- L’inflation. Les pensions sont en principe revalorisées chaque année selon les prix. Une fois l’inflation retirée, la hausse n’est plus que de 82 % sur la période, mais elle reste bien supérieure à celle de la population (+16 %).
- La démographie. Les générations nombreuses du baby-boom, nées à partir de 1946, partent à la retraite depuis le milieu des années 2000, et l’espérance de vie à 60 ans a progressé. Selon le COR, on compte aujourd’hui environ 1,7 cotisant pour un retraité, contre environ 2 au début des années 2000.
- L’effet de noria. Les nouveaux retraités, qui ont eu des carrières plus longues et mieux rémunérées, notamment les femmes, touchent des pensions plus élevées que celles des retraités qui décèdent. La pension moyenne augmente donc même sans revalorisation.
Rapportée à la richesse nationale, la hausse est plus modérée : de 12,7 % du PIB en 1995 à 14,7 % en 2024. Le ratio a surtout bondi pendant les récessions de 2009 et 2020, quand le PIB reculait alors que les pensions continuaient d’être versées.
Source : INSEE, comptes nationaux, dépenses par fonction (Eurostat gov_10a_exp) · Voir le détail dans l’Explorer
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| Année | Retraites |
|---|---|
| 1995 | 12,7 % |
| 1996 | 12,6 % |
| 1997 | 12,7 % |
| 1998 | 12,5 % |
| 1999 | 12,4 % |
| 2000 | 12,1 % |
| 2001 | 12,1 % |
| 2002 | 12,2 % |
| 2003 | 12,4 % |
| 2004 | 12,7 % |
| 2005 | 12,9 % |
| 2006 | 13,2 % |
| 2007 | 13,2 % |
| 2008 | 13,5 % |
| 2009 | 14,5 % |
| 2010 | 14,5 % |
| 2011 | 14,6 % |
| 2012 | 15 % |
| 2013 | 15,1 % |
| 2014 | 15,2 % |
| 2015 | 15,1 % |
| 2016 | 15,1 % |
| 2017 | 15,1 % |
| 2018 | 15 % |
| 2019 | 14,8 % |
| 2020 | 15,9 % |
| 2021 | 14,9 % |
| 2022 | 14,6 % |
| 2023 | 14,4 % |
| 2024 | 14,7 % |
En Europe, la France consacre 14,8 % de son PIB aux retraites selon Eurostat, contre 12,2 % en moyenne dans l’Union ; parmi les grands pays, seule l’Italie fait davantage.
Source : Eurostat, dépenses des administrations publiques par fonction (gov_10a_exp), 2024
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| Pays | % du PIB |
|---|---|
| Italie | 16,3 % |
| France | 14,8 % |
| Espagne | 12,6 % |
| Union européenne (27) | 12,2 % |
| Allemagne | 11,8 % |
| Belgique | 11,6 % |
| Suède | 11,1 % |
| Danemark | 7,2 % |
| Pays-Bas | 6,1 % |
Qui finance : cotisations, CSG, impôts, État employeur
Le système fonctionne par répartition : les cotisations versées cette année par les actifs paient les pensions de cette année, et non une épargne individuelle placée pour plus tard.
- Les cotisations vieillesse, salariales et patronales, sont la ressource principale. Elles figurent en clair sur chaque fiche de paie, comme le montre l’article Où vont nos impôts ?.
- La CSG et d’autres impôts affectés complètent le financement, notamment pour les dispositifs de solidarité (minimum vieillesse, trimestres validés pendant le chômage ou la maladie).
- L’État employeur finance les pensions de ses fonctionnaires. En comptabilité nationale, cette charge apparaît sous la forme de cotisations « imputées » : 51,2 Md€ en 2024, une écriture qui traduit le fait que l’État paie lui-même les pensions de ses anciens agents.
- Des transferts entre régimes (compensation démographique) font passer de l’argent des régimes aux nombreux cotisants vers ceux qui ont beaucoup de retraités, comme celui des exploitants agricoles.
Quand ces ressources ne suffisent pas, l’écart s’ajoute au déficit de la Sécurité sociale, puis à la dette publique.
Les trois leviers et leurs conséquences
Dans un système par répartition, l’équilibre tient en une égalité : les cotisations des actifs doivent couvrir les pensions des retraités. Pour la respecter, il n’existe que trois leviers, qui peuvent se combiner.
| Levier | Exemple | Effet sur les comptes | Qui supporte l’effort |
|---|---|---|---|
| L’âge de départ | Relever l’âge légal ou la durée de cotisation | Plus de cotisants, moins de retraités | Les actifs proches de la retraite, surtout ceux aux carrières pénibles |
| Les ressources | Hausse des cotisations ou de la CSG | Plus de recettes | Les actifs, les employeurs, ou les retraités s’il s’agit de la CSG |
| Le niveau des pensions | Revaloriser moins vite que l’inflation | Moins de dépenses | Les retraités actuels et futurs |
Le dernier ajustement en date porte sur l’âge. La réforme de 2023 a prévu de relever progressivement l’âge légal de 62 à 64 ans. La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a ensuite suspendu ce relèvement jusqu’au 1er janvier 2028 : l’âge légal reste fixé à 62 ans et 9 mois pour les personnes nées de 1963 au 31 mars 1965. Selon le barème en vigueur, il passe ensuite à 63 ans pour les personnes nées d’avril à décembre 1965, puis augmente de trois mois par génération jusqu’à 64 ans pour celles nées à partir de 1969.
Les débats : capitalisation, système par points, âge légal
Les candidats à l’élection de 2027 proposent des réponses très différentes sur chacun de ces points : leurs programmes sont comparés sur la page Candidats 2027.
Simulez votre réforme
Plutôt que de choisir un camp, testez les leviers. Le simulateur du site projette, jusqu’à dix ans, l’effet d’une variation de la dépense de retraite, des cotisations ou de la CSG, ou d’une part de capitalisation, sur la croissance, l’emploi, le déficit et votre propre situation, selon l’école de pensée choisie : keynésienne, néoclassique, marxiste, ordolibérale, écologiste, entre autres.
Pour un parcours guidé, le chapitre Retraites explique pas à pas le fonctionnement du système, et l’Explorer détaille chaque régime de retraite. Vous pouvez aussi tenter d’équilibrer le budget en jouant sur ce poste et sur tous les autres.