Les cotisations sociales sont les sommes prélevées sur les salaires et les revenus d’activité pour financer la retraite, l’assurance maladie, la famille et le chômage. Elles ont rapporté 483,6 Md€ en 2024, soit près d’un tiers des recettes publiques : c’est de loin la première recette des administrations publiques, devant la TVA et la CSG. Pour un salaire de 2 500 € brut, elles représentent environ 1 200 € par mois. Voici, ligne par ligne, où va cet argent.
Les cotisations sociales, premier poste de recettes publiques
On parle volontiers d’impôt sur le revenu ou de TVA, beaucoup moins des cotisations. Elles pèsent pourtant cinq fois plus lourd que l’IR. Selon les comptes nationaux de l’INSEE, elles se répartissent ainsi en 2024 :
| Catégorie | Montant 2024 |
|---|---|
| Cotisations patronales | 294,1 Md€ |
| Cotisations salariales | 104,6 Md€ |
| Cotisations « imputées » de l’État employeur | 51,2 Md€ |
| Cotisations des indépendants | 28,9 Md€ |
| Chômeurs, retraités et adhérents volontaires | 4,9 Md€ |
| Total | 483,6 Md€ |
Source : INSEE, comptes nationaux 2024 — recettes des administrations publiques par nature (SEC 2010), diffusé par Eurostat (gov_10a_main) · Tout le détail dans l’Explorer
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| Poste | Montant | Part |
|---|---|---|
| Cotisations patronales | 294,1 Md€ | 60,8 % |
| Cotisations salariales | 104,6 Md€ | 21,6 % |
| Cotisations « imputées » de l’État employeur (écriture comptable) | 51,2 Md€ | 10,6 % |
| Cotisations des indépendants | 28,9 Md€ | 6 % |
| Cotisations des chômeurs, retraités et adhérents volontaires | 4,9 Md€ | 1 % |
Les cotisations « imputées » méritent une explication : l’État paie directement les pensions de ses fonctionnaires, et la comptabilité nationale enregistre en face une cotisation fictive de même montant. Ce n’est pas un prélèvement sur l’économie. Hors cette écriture, les cotisations effectivement versées atteignent environ 432 Md€.
Source : INSEE, comptes nationaux 2024 — recettes des administrations publiques par nature (SEC 2010), diffusé par Eurostat (gov_10a_main) · Tout le détail dans l’Explorer
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| Poste | Montant | Part |
|---|---|---|
| Cotisations sociales | 483,6 Md€ | 32,2 % |
| TVA et taxes sur la consommation | 307,1 Md€ | 20,4 % |
| Impôts sur le revenu (IR, CSG, CRDS) | 276,8 Md€ | 18,4 % |
| Autres recettes (ventes, revenus du patrimoine public…) | 175,8 Md€ | 11,7 % |
| Impôts locaux et sur la production | 133,1 Md€ | 8,9 % |
| Impôt sur les sociétés et assimilés | 82,1 Md€ | 5,5 % |
| Patrimoine et successions | 44,2 Md€ | 2,9 % |
Du super-brut au net : le parcours d’un salaire
Un salaire se lit à trois étages. Le coût employeur (on disait autrefois « super-brut ») est ce que l’entreprise débourse. Le salaire brut est celui du contrat de travail. Le net est ce qui arrive sur le compte, avant puis après l’impôt prélevé à la source. Prenons un salarié non-cadre payé 2 500 € brut par mois dans une entreprise de moins de 11 salariés, avec une mutuelle d’entreprise de 40 € partagée à parts égales, aux taux 2026 :
| Étape | Montant mensuel |
|---|---|
| Coût employeur | 3 162,65 € |
| − cotisations patronales (après allègements) | 662,65 € |
| = Salaire brut | 2 500,00 € |
| − cotisations salariales, CSG et CRDS | 542,95 € |
| = Net avant impôt | 1 957,05 € |
| − impôt sur le revenu (taux neutre 2,9 %) | 59,42 € |
| = Net après impôt | 1 897,64 € |
Sur 100 € déboursés par l’employeur, le salarié en perçoit donc environ 62 avant impôt sur le revenu, et 60 après. Les cotisations ne disparaissent pas : elles financent sa propre pension future, ses remboursements de soins, ses droits au chômage, et les prestations versées aujourd’hui aux autres assurés.
Ligne par ligne : ce que finance chaque cotisation
Le tableau suivant regroupe les lignes de cette fiche de paie par destination. Les montants sont mensuels, calculés avec les taux officiels de l’Urssaf et de l’Agirc-Arrco en vigueur en 2026.
| Destination | Part employeur | Part salarié | Total |
|---|---|---|---|
| Retraite de base | 266,50 € | 182,50 € | 449,00 € |
| Retraite complémentaire Agirc-Arrco | 150,25 € | 100,25 € | 250,50 € |
| Assurance maladie, maternité, invalidité | 325,00 € | — | 325,00 € |
| Allocations familiales | 131,25 € | — | 131,25 € |
| Assurance chômage et garantie des salaires | 106,25 € | — | 106,25 € |
| Accidents du travail | 52,00 € | — | 52,00 € |
| Autonomie et aide au logement | 10,00 € | — | 10,00 € |
| Formation, apprentissage, dialogue social | 31,15 € | — | 31,15 € |
| CSG et CRDS | — | 240,20 € | 240,20 € |
| Mutuelle d’entreprise (organisme privé) | 20,00 € | 20,00 € | 40,00 € |
| Réduction générale dégressive (RGDU) | − 429,75 € | — | − 429,75 € |
| Total | 662,65 € | 542,95 € | 1 205,60 € |
Retraite de base et complémentaire
La retraite est, de très loin, la première destination : près de 700 € par mois sur ce salaire, avant allègements. La retraite de base du régime général prélève 8,55 % côté employeur et 6,90 % côté salarié jusqu’au plafond de la Sécurité sociale (4 005 € par mois en 2026), plus 2,11 % et 0,40 % sur la totalité du salaire. La complémentaire Agirc-Arrco ajoute 4,72 % et 3,15 % sur la tranche 1, plus la contribution d’équilibre général (1,29 % et 0,86 %).
Ces cotisations ne sont pas placées sur un compte personnel : le système est par répartition. L’argent prélevé ce mois-ci paie les pensions de ce mois-ci, et ouvre au cotisant des droits (trimestres et points) pour sa propre retraite. Le détail du système figure dans notre article sur le coût des retraites.
Maladie, famille, chômage, accidents du travail
- Assurance maladie : 13 % du salaire, à la charge de l’employeur. Depuis 2026, ce taux plein s’applique à tous les salaires : le taux réduit de 7 % a été intégré à la nouvelle réduction générale. Elle finance les remboursements de soins, l’hôpital, les indemnités journalières et l’invalidité.
- Allocations familiales : 5,25 %, également à la charge de l’employeur ; le taux réduit de 3,45 % a lui aussi été intégré à la réduction générale en 2026. Elles financent la branche famille de la Sécurité sociale, qui verse les prestations familiales et une partie des aides au logement.
- Assurance chômage : 4 % pour l’employeur, plus 0,25 % pour l’AGS, qui garantit les salaires en cas de faillite. La part salariale a été supprimée en 2018.
- Accidents du travail et maladies professionnelles : un taux qui dépend de la sinistralité de l’entreprise ; 2,08 % en moyenne nationale en 2026.
CSG et CRDS
La CSG et la CRDS figurent sur la fiche de paie, mais ce sont juridiquement des impôts. Elles sont prélevées à 9,2 % et 0,5 % sur 98,25 % du salaire brut, soit 240,20 € ici. Une partie de la CSG (6,8 points) est déductible du revenu imposable, le reste non. La CSG finance l’assurance maladie, la famille, l’autonomie et, depuis 2019, l’assurance chômage, en remplacement de cotisations salariales supprimées en 2018 ; la CRDS rembourse la dette sociale accumulée par la Sécurité sociale.
Patronales ou salariales : une distinction trompeuse ?
La séparation entre cotisations patronales et cotisations salariales est d’abord juridique : elle dit qui verse l’argent à l’Urssaf. Économiquement, elle compte beaucoup moins. Pour l’employeur, ce qui importe est le coût total du travail ; pour le salarié, le net. À long terme, la plupart des travaux économiques concluent que l’essentiel des cotisations, quelle que soit leur étiquette, pèse sur les salaires : une hausse des cotisations patronales finit en grande partie par freiner les hausses de salaire.
Il y a une exception de taille : le Smic. Comme le salaire ne peut pas descendre sous ce plancher, une hausse des cotisations patronales au niveau du Smic se répercute sur le coût du travail, et peut donc peser sur l’emploi peu qualifié. C’est la raison d’être des allègements.
Les allègements de cotisations et leur coût
Depuis le début des années 1990, les gouvernements successifs ont réduit les cotisations patronales sur les bas salaires. Depuis le 1er janvier 2026, ces dispositifs sont fusionnés dans une réduction générale dégressive unique (RGDU) : maximale au Smic, elle diminue avec le salaire et s’annule à 3 Smic.
L’effet est massif. Au Smic (1 867,02 € brut par mois depuis juin 2026), la RGDU efface 700,13 € de cotisations patronales : le coût employeur n’est que de 1 987,76 €, à peine 6,5 % de plus que le brut, mutuelle comprise. À 2 500 € brut, l’allègement tombe à 429,75 €, et le coût employeur dépasse le brut de 26,5 %.
Ces allègements ne privent pas la Sécurité sociale de ressources : l’État les compense, en lui affectant une partie de la TVA notamment. Ils constituent donc, en pratique, une dépense publique financée par l’impôt.
Simulez votre fiche de paie
Les montants ci-dessus valent pour un profil précis. Cadre ou non-cadre, taille de l’entreprise, niveau de salaire : chaque situation change le résultat, parfois nettement, notamment au voisinage du Smic et du plafond de la Sécurité sociale.
Pour replacer les cotisations dans l’ensemble des prélèvements, lisez Où vont nos impôts ? et notre analyse du taux de prélèvements obligatoires. Le détail par risque des cotisations patronales est également consultable dans l’Explorer.