Taux de prélèvements obligatoires : définition, chiffres et comparaison

Par la Rédaction Équilibre Ninja · Publié le · 7 min de lecture · Impôts et recettes

Taux de prélèvements obligatoires : 42,7 % du PIB en France. Définition, composition, comparaison européenne et évolution expliquées.

42,7 % du PIB : les prélèvements obligatoires en 2024

Chiffres : INSEE, comptes nationaux 2024 (tableau 3.217, base 2020) ; Eurostat gov_10a_taxag, mis à jour le 31 octobre 2026.

En 2024, les impôts et les cotisations sociales ont représenté 42,7 % du PIB en France : c’est le taux de prélèvements obligatoires, calculé par l’INSEE. Concrètement, sur 100 € de richesse produite dans le pays, 42,70 € ont été prélevés par l’État, la Sécurité sociale et les collectivités locales, soit 1 254 milliards d’euros. Ce taux place la France parmi les trois pays les plus taxés d’Europe. Mais que mesure-t-il exactement, et que valent vraiment les comparaisons internationales ?

42,7 % : le chiffre et sa définition

Le taux de prélèvements obligatoires (souvent abrégé « taux de PO ») rapporte au produit intérieur brut l’ensemble des versements imposés par la loi, sans contrepartie directe, au profit des administrations publiques et des institutions européennes. Trois conditions définissent un prélèvement obligatoire : il est décidé par la puissance publique, il ne dépend pas de la volonté de celui qui paie, et il n’est pas le prix d’un service précis.

La facture d’une piscine municipale ou un billet de train n’en font donc pas partie : ce sont des ventes. Une amende non plus, car elle sanctionne une infraction. En revanche, la cotisation retraite prélevée sur la fiche de paie en fait partie, même si elle ouvre des droits futurs : elle est obligatoire et son montant ne dépend pas du choix du salarié.

Le chiffre de 2024 est dit « semi-définitif » : il peut encore être légèrement révisé. Le premier chiffrage pour 2025, provisoire, s’établit à 43,6 % du PIB, en hausse de 0,9 point, sous l’effet notamment des mesures fiscales votées pour réduire le déficit, comme la contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises.

Ce qu’il y a dedans : cotisations, TVA, CSG, IR, IS…

Les prélèvements obligatoires se concentrent sur une poignée de grands impôts. Les cotisations sociales et la TVA en représentent à elles seules plus de la moitié.

PrélèvementMontant 2024Part des PO
Cotisations sociales effectives (employeurs, salariés, indépendants)432,4 Md€34,5 %
TVA207,8 Md€16,6 %
CSG153,1 Md€12,2 %
Impôt sur le revenu96,0 Md€7,7 %
Impôt sur les sociétés68,0 Md€5,4 %
Taxes sur les salaires payées par les employeurs58,1 Md€4,6 %
Taxe foncière et taxe d’habitation47,3 Md€3,8 %
Taxes sur l’énergie39,1 Md€3,1 %
Impôts sur la production des entreprises27,6 Md€2,2 %
Successions et donations21,5 Md€1,7 %

Montants bruts des comptes nationaux, avant déduction de certains crédits d’impôt : les parts sont des ordres de grandeur.

Trois enseignements ressortent. D’abord, le premier « impôt » de France n’est pas un impôt : ce sont les cotisations sociales, qui financent retraites, assurance maladie et chômage. Ensuite, la TVA rapporte plus de deux fois plus que l’impôt sur le revenu, alors que ce dernier occupe l’essentiel du débat public. Enfin, la CSG, créée en 1991 avec un taux de 1,1 %, est devenue en trente ans un pilier du financement de la Sécurité sociale, plus important que l’impôt sur le revenu.

GraphiqueLes recettes publiques par grande famille en 20241 502,7 Md€ au total, en 2024
  1. Cotisations sociales483,6 Md€ 32,2 %
  2. TVA et taxes sur la consommation307,1 Md€ 20,4 %
  3. Impôts sur le revenu (IR, CSG, CRDS)276,8 Md€ 18,4 %
  4. Autres recettes (ventes, revenus du patrimoine public…)175,8 Md€ 11,7 %
  5. Impôts locaux et sur la production133,1 Md€ 8,9 %
  6. Impôt sur les sociétés et assimilés82,1 Md€ 5,5 %
  7. Patrimoine et successions44,2 Md€ 2,9 %

Source : INSEE, comptes nationaux 2024 — recettes des administrations publiques par nature (SEC 2010), diffusé par Eurostat (gov_10a_main) · Tout le détail dans l’Explorer

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PosteMontantPart
Cotisations sociales483,6 Md€32,2 %
TVA et taxes sur la consommation307,1 Md€20,4 %
Impôts sur le revenu (IR, CSG, CRDS)276,8 Md€18,4 %
Autres recettes (ventes, revenus du patrimoine public…)175,8 Md€11,7 %
Impôts locaux et sur la production133,1 Md€8,9 %
Impôt sur les sociétés et assimilés82,1 Md€5,5 %
Patrimoine et successions44,2 Md€2,9 %

Prélèvements obligatoires et recettes publiques totales

Il ne faut pas confondre les prélèvements obligatoires avec les recettes publiques, qui atteignent 1 502,7 Md€ en 2024, soit 51,2 % du PIB. L’écart, près de 249 Md€, se compose de trois blocs :

  • les autres recettes (175,8 Md€) : ventes des services publics et participation des usagers, loyers et dividendes perçus par l’État, fonds européens, amendes ;
  • les cotisations imputées (51,2 Md€) : une écriture comptable qui représente les retraites des fonctionnaires de l’État, payées directement par l’État employeur, sans prélèvement sur l’économie ;
  • environ 22 Md€ d’ajustements : crédits d’impôt remboursés, impôts dus mais non recouvrés et différences de périmètre.

La distinction compte dans le débat : comparer le taux de PO (42,7 %) à la dépense publique (57 % du PIB) revient à oublier une partie des recettes. Le vrai écart entre dépenses et recettes, le déficit public, atteint 169,1 Md€ en 2024, soit 5,8 % du PIB.

La France est-elle championne d’Europe ?

Pour comparer les pays, Eurostat utilise une définition voisine, un peu plus large : elle inclut notamment les cotisations sociales imputées. Le taux français y monte donc à 45,3 % du PIB en 2024.

Pays (2024)Impôts et cotisations, en % du PIB
Danemark45,8 %
France45,3 %
Belgique45,1 %
Zone euro40,9 %
Union européenne (27)40,4 %
Irlande22,4 %

Source : Eurostat, ratio impôts et cotisations sociales nettes sur PIB, 2024.

La France n’est donc pas seule en tête : elle partage le podium avec le Danemark et la Belgique, à près de 5 points au-dessus de la moyenne européenne. À l’autre bout du classement, le cas de l’Irlande illustre les limites de l’exercice : son PIB est gonflé par les bénéfices des multinationales installées sur place, ce qui fait mécaniquement baisser le ratio.

Comparer avec des systèmes privés (assurances, fonds de pension)

Le taux de prélèvements obligatoires mesure la part de la richesse qui transite par les administrations publiques, pas le coût total de la protection sociale. Or ce périmètre varie beaucoup d’un pays à l’autre. Aux Pays-Bas, une large partie des retraites passe par des fonds de pension professionnels quasi obligatoires, classés hors des administrations publiques : les versements des salariés n’y comptent pas comme des prélèvements obligatoires. En Suisse, l’assurance maladie de base est obligatoire mais assurée par des caisses privées. Aux États-Unis, une grande partie de la couverture santé passe par l’employeur.

GraphiqueDépense publique de retraite en % du PIB, 2024 (Eurostat)En % du PIB, 2024
  1. Italie16,3 %
  2. France14,8 %
  3. Espagne12,6 %
  4. Union européenne (27)12,2 %
  5. Allemagne11,8 %
  6. Belgique11,6 %
  7. Suède11,1 %
  8. Danemark7,2 %
  9. Pays-Bas6,1 %

Source : Eurostat, dépenses des administrations publiques par fonction (gov_10a_exp), 2024

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Pays% du PIB
Italie16,3 %
France14,8 %
Espagne12,6 %
Union européenne (27)12,2 %
Allemagne11,8 %
Belgique11,6 %
Suède11,1 %
Danemark7,2 %
Pays-Bas6,1 %

L’écart se lit dans la dépense de retraite : 14,8 % du PIB en France, contre 6,1 % aux Pays-Bas et 7,2 % au Danemark, selon Eurostat. Les ménages néerlandais n’épargnent pas moins pour leur retraite ; ils le font simplement par un autre canal. Pour une comparaison complète, il faudrait ajouter aux prélèvements obligatoires les cotisations privées obligatoires ou quasi obligatoires, ce que l’OCDE tente de faire dans certains de ses travaux. Selon ces travaux, les écarts entre pays se réduisent alors, sans disparaître : la France reste parmi les pays où la part de la richesse mutualisée est la plus élevée.

Évolution depuis les années 1960

La hausse s’est faite en deux temps. Entre 1960 et le milieu des années 1980, le taux grimpe d’une dizaine de points, porté par l’extension de la Sécurité sociale, la généralisation des retraites complémentaires et la montée du chômage. Depuis, il oscille dans une bande étroite, entre 41 et 45,5 % du PIB environ.

AnnéeTaux de prélèvements obligatoires
1960≈ 30 %
1980≈ 39 %
1990≈ 41 %
2000≈ 43 %
2010≈ 41 %
201745,3 %
202245,0 %
202343,2 %
202442,7 %
2025 (provisoire)43,6 %

Sources : INSEE, base 2020 depuis 2014 ; séries antérieures publiées dans d’autres bases comptables, comparables à quelques dixièmes de point près.

Le point haut de 2017 (45,3 %) précède une série de baisses : transformation du crédit d’impôt compétitivité emploi en allègement de cotisations, suppression de la taxe d’habitation sur les résidences principales, baisse de l’impôt sur les sociétés de 33,3 % à 25 %, réduction des impôts de production. Le ratio réagit aussi à la conjoncture : en 2020, il monte alors que les recettes baissent, parce que le PIB chute encore plus vite ; en 2022, il atteint 45 % grâce à des recettes très dynamiques ; en 2023 et 2024, il recule, les impôts progressant moins vite que l’activité.

GraphiqueLes recettes publiques totales en % du PIB, 1995-2024en % du PIB (axe resserré, il ne part pas de zéro)
Les recettes publiques totales en % du PIB, 1995-2024Recettes publiques : 50,9 % en 1995, 51,2 % en 202448 %50 %52 %54 %56 %19952000200520102015202020242009 : Crise financière2020 : Covid-19Recettes publiques, 1995 : 50,9 %Recettes publiques, 1996 : 52,1 %Recettes publiques, 1997 : 51,9 %Recettes publiques, 1998 : 51,6 %Recettes publiques, 1999 : 52,1 %Recettes publiques, 2000 : 51,3 %Recettes publiques, 2001 : 51,4 %Recettes publiques, 2002 : 50,7 %Recettes publiques, 2003 : 50,3 %Recettes publiques, 2004 : 50,4 %Recettes publiques, 2005 : 50,8 %Recettes publiques, 2006 : 51,1 %Recettes publiques, 2007 : 50,6 %Recettes publiques, 2008 : 50,8 %Recettes publiques, 2009 : 50,6 %Recettes publiques, 2010 : 50,6 %Recettes publiques, 2011 : 51,7 %Recettes publiques, 2012 : 52,7 %Recettes publiques, 2013 : 53,7 %Recettes publiques, 2014 : 53,8 %Recettes publiques, 2015 : 53,7 %Recettes publiques, 2016 : 53,6 %Recettes publiques, 2017 : 54,3 %Recettes publiques, 2018 : 54 %Recettes publiques, 2019 : 53 %Recettes publiques, 2020 : 52,8 %Recettes publiques, 2021 : 52,9 %Recettes publiques, 2022 : 53,7 %Recettes publiques, 2023 : 51,4 %Recettes publiques, 2024 : 51,2 %51,2 %

Source : INSEE, comptes nationaux (Eurostat gov_10a_main, gov_10dd_edpt1)

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AnnéeRecettes publiques
199550,9 %
199652,1 %
199751,9 %
199851,6 %
199952,1 %
200051,3 %
200151,4 %
200250,7 %
200350,3 %
200450,4 %
200550,8 %
200651,1 %
200750,6 %
200850,8 %
200950,6 %
201050,6 %
201151,7 %
201252,7 %
201353,7 %
201453,8 %
201553,7 %
201653,6 %
201754,3 %
201854 %
201953 %
202052,8 %
202152,9 %
202253,7 %
202351,4 %
202451,2 %

Les débats : niveau, répartition, consentement à l’impôt

Pour voir concrètement ce que financent ces prélèvements, notre article Où vont nos impôts ? répartit 1 000 € de prélèvements entre retraites, santé, école ou dette.

Explorer ce poste : D’où vient l’argent ?, 1 502,7 Md€ en 2024

Questions fréquentes

Quel est le taux de prélèvements obligatoires en France ?

42,7 % du PIB en 2024 selon l’INSEE (donnée semi-définitive), soit 1 254 milliards d’euros d’impôts et de cotisations sociales. Le premier chiffrage pour 2025, provisoire, s’établit à 43,6 %.

Que comprennent les prélèvements obligatoires ?

Tous les impôts et taxes (TVA, CSG, impôt sur le revenu, impôt sur les sociétés, taxe foncière, droits de succession…) et les cotisations sociales effectivement versées, perçus par l’État, la Sécurité sociale, les collectivités locales et l’Union européenne. Les amendes, les recettes des services publics et les cotisations imputées en sont exclues.

La France est-elle le pays le plus taxé d’Europe ?

Elle est sur le podium. Selon Eurostat, qui retient une définition un peu plus large, les impôts et cotisations atteignent 45,3 % du PIB en France en 2024, derrière le Danemark (45,8 %) et juste devant la Belgique (45,1 %), pour une moyenne de 40,4 % dans l’Union européenne.

Quelle différence entre prélèvements obligatoires et recettes publiques ?

Les recettes publiques (1 502,7 Md€ en 2024, 51,2 % du PIB) ajoutent aux prélèvements obligatoires les recettes non fiscales, comme les ventes de services publics, les dividendes de l’État, les fonds européens, ainsi que des écritures comptables comme les cotisations imputées.

Le taux de prélèvements obligatoires a-t-il augmenté ?

Il est passé d’environ 30 % du PIB au début des années 1960 à près de 40 % au début des années 1980, puis a oscillé entre 41 et 45,5 % environ. Il a atteint un point haut à 45,3 % en 2017 et est redescendu à 42,7 % en 2024.

Sources