Un agent public coûte en moyenne environ 61 600 € par an à son employeur, cotisations comprises, pour un salaire net moyen de 2 650 € par mois. Au total, les administrations publiques ont versé 362,1 milliards d’euros de rémunérations en 2024, soit 21,7 % de la dépense publique et 12,3 % du PIB, pour 5,9 millions d’agents. La question revient souvent sur un ton polémique ; les chiffres, eux, permettent d’y répondre calmement. Voici les effectifs par fonction publique, le passage du salaire net au coût complet, les rémunérations publiées des plus hauts responsables et ce que vaut la comparaison avec le privé.
La réponse en chiffres
Le coût moyen par agent est un ordre de grandeur : il rapporte la rémunération des salariés des administrations publiques mesurée par l’INSEE au nombre d’agents de la fonction publique, deux périmètres proches mais pas identiques. Il inclut les salaires bruts, les primes et toutes les cotisations patronales.
Combien de fonctionnaires ? État, territoriale, hospitalière
Au 31 décembre 2024, la fonction publique emploie 5 876 700 agents selon l’INSEE, hors Mayotte, soit 32 800 de plus qu’un an plus tôt (+0,6 %). Ils se répartissent en trois « versants ».
| Versant | Agents fin 2024 | Évolution 2024 | Exemples de métiers |
|---|---|---|---|
| Fonction publique de l’État | 2 587 400 | +0,8 % | enseignants, policiers, militaires, agents des impôts |
| Fonction publique territoriale | 2 039 400 | +0,3 % | agents des mairies, des départements, des régions |
| Fonction publique hospitalière | 1 249 900 | +0,5 % | infirmiers, aides-soignants, personnels administratifs |
| Total | 5 876 700 | +0,6 % |
Tous ces agents ne sont pas fonctionnaires au sens strict. Les titulaires représentent 63,8 % des effectifs ; les contractuels, 24 %, et leur nombre progresse (+2,6 % en 2024), alors que celui des fonctionnaires recule légèrement. Le reste se compose de militaires, de médecins hospitaliers et d’autres statuts particuliers.
Du salaire net au coût complet employeur
En 2023, le salaire net moyen en équivalent temps plein atteint 2 650 € par mois dans l’ensemble de la fonction publique, selon l’INSEE (hors militaires, apprentis, assistants maternels et internes des hôpitaux). Les écarts entre versants reflètent surtout la structure des emplois : l’État compte beaucoup d’agents de catégorie A (dont les enseignants), la territoriale beaucoup d’agents de catégorie C.
| Salaire net mensuel moyen, 2023 | État | Territoriale | Hospitalière | Ensemble |
|---|---|---|---|---|
| Tous agents | 2 890 € | 2 250 € | 2 840 € | 2 650 € |
| Fonctionnaires de catégorie A | 3 370 € | 3 530 € | 3 040 € | 3 320 € |
| Fonctionnaires de catégorie B | 2 720 € | 2 490 € | 2 520 € | 2 590 € |
| Fonctionnaires de catégorie C | 2 280 € | 2 060 € | 2 130 € | 2 100 € |
Entre le net versé et le coût pour l’employeur s’intercalent les cotisations salariales (retraite, CSG, CRDS), puis les cotisations patronales : maladie, famille, et surtout retraite. Pour les agents territoriaux et hospitaliers, la contribution employeur à leur caisse de retraite, la CNRACL, a été relevée de 31,65 % à 34,65 % du traitement en 2025, puis à 37,65 % en 2026, avec une trajectoire prévue jusqu’à 43,65 % en 2028 pour combler le déficit du régime. Pour comprendre ce passage du brut au net sur une fiche de paie du privé, le simulateur Ma paie détaille chaque ligne.
Les cotisations « imputées » de l’État employeur
Les fonctionnaires de l’État n’ont pas de caisse de retraite : leurs pensions sont payées directement par le budget de l’État. Pour que leur coût soit comparable à celui d’un salarié du privé, les comptes nationaux inscrivent une cotisation fictive, dite imputée, de 51,2 milliards d’euros en 2024. Ce montant figure à la fois en dépense (dans la rémunération) et en recette, dans les cotisations sociales. C’est l’une des raisons pour lesquelles le coût complet d’un fonctionnaire de l’État paraît élevé : il intègre le financement de sa future pension.
La masse salariale publique
La rémunération des salariés des administrations publiques (poste D.1 de la comptabilité nationale) atteint 362,1 milliards d’euros en 2024, contre 165,0 milliards en 1995 et 285,1 milliards en 2015. Elle a progressé de 27 % depuis 2015, un peu moins vite que l’ensemble de la dépense publique (+32 %). Sa répartition suit les métiers :
| Fonction | Rémunérations 2024 | Part |
|---|---|---|
| Éducation et recherche | 110,6 Md€ | 30,5 % |
| Santé (surtout hôpitaux publics) | 70,1 Md€ | 19,4 % |
| Fonctionnement des pouvoirs publics | 40,8 Md€ | 11,3 % |
| Police, justice, pompiers | 36,4 Md€ | 10,1 % |
| Défense | 21,5 Md€ | 5,9 % |
| Économie, transports, énergie | 20,3 Md€ | 5,6 % |
| Culture, sport, loisirs | 14,8 Md€ | 4,1 % |
| Autres fonctions | 47,6 Md€ | 13,1 % |
| Total | 362,1 Md€ | 100 % |
Près d’un euro de masse salariale sur trois rémunère l’école et la recherche, un sur cinq l’hôpital. Dans l’Explorer, le personnel de la défense (militaires et civils) représente 14,8 milliards d’euros, la Police nationale 14,9 milliards et la Gendarmerie 11,9 milliards, rémunérations et fonctionnement compris.
Source : INSEE, comptes nationaux 2024 — dépenses des administrations publiques par fonction (COFOG), diffusé par Eurostat (gov_10a_exp) — fonctions 03.1, 03.2, 03.3, 03.4, 03.5, 03.6 · Tout le détail dans l’Explorer
Voir les données
| Poste | Montant | Part |
|---|---|---|
| Police nationale | 14,9 Md€ | 28,5 % |
| Gendarmerie nationale | 11,9 Md€ | 22,8 % |
| Justice et tribunaux | 8,3 Md€ | 15,9 % |
| Pompiers et sécurité civile | 7,9 Md€ | 15,2 % |
| Prisons | 5,1 Md€ | 9,8 % |
| Polices municipales | 2,1 Md€ | 4,1 % |
| Sécurité routière et autres | 1,9 Md€ | 3,6 % |
Les rémunérations publiées : président, ministres, dirigeants
Les plus hautes rémunérations publiques sont encadrées par des textes et, pour une part, publiées chaque année. Le site les reprend avec leur source.
| Fonction | Montant brut mensuel | Source |
|---|---|---|
| Président de la République | 16 038,51 € | décret du 23 août 2012, barème au 1er janvier 2024 |
| Premier ministre | 16 038,51 € | même décret |
| Ministre ou ministre délégué (35 en 2025) | 10 692,34 € | même décret |
| 10 plus hautes rémunérations, ministères économiques et financiers (moyenne, 2024) | 21 040,55 € | publication annuelle obligatoire |
| 10 plus hautes rémunérations, ministère de l’Intérieur (moyenne, 2023) | 20 842,23 € | idem |
| 10 plus hautes rémunérations, ministère de la Justice (moyenne, 2024) | 17 954,83 € | idem |
| 10 plus hautes rémunérations, Éducation nationale et Enseignement supérieur (moyenne, 2024) | 15 908,86 € | idem |
| Maire d’une commune de moins de 500 habitants (indemnité maximale, barème 2024) | 1 048,18 € | code général des collectivités territoriales, art. L2123-23 |
| Maire d’une ville de 100 000 habitants et plus, hors Paris, Lyon, Marseille (barème 2024) | 5 960,25 € | idem |
Les indemnités de maire indiquées sont les plafonds légaux du barème en vigueur en 2024 (25,5 % et 145 % de l’indice brut terminal de la fonction publique) ; l’article L2123-23 a été modifié fin décembre 2025, les montants applicables depuis peuvent donc différer.
Le traitement du président suit une formule : deux fois la moyenne du traitement le plus bas et du plus élevé de la catégorie « hors échelle » de la fonction publique, majorée de 5 %, auxquels s’ajoutent une indemnité de résidence et une indemnité de fonction. Il évolue donc avec la grille des hauts fonctionnaires.
Depuis la loi de transformation de la fonction publique de 2019, chaque ministère publie la somme de ses dix plus hautes rémunérations ; les moyennes ci-dessus divisent ces sommes par dix, aucune rémunération individuelle n’étant publiée. Le Jaune budgétaire « Opérateurs de l’État » fait de même pour 381 opérateurs : la moyenne des dix plus hauts salaires y va d’environ 23 067 € bruts par mois (Agence pour l’enseignement français à l’étranger) à quelques milliers d’euros, avec une médiane de 7 925 €. Parmi les plus élevées figurent la Société du Grand Paris, devenue Société des grands projets (20 400 €) et le Commissariat à l’énergie atomique (16 750 €).
À l’échelle de la dépense publique, ces montants restent marginaux : l’Élysée coûte 0,12 milliard d’euros par an, tout compris, et l’ensemble des institutions (Parlement, Élysée, Matignon, autorités indépendantes) 2,2 milliards, soit 0,13 % de la dépense publique. Le détail figure dans l’Explorer des institutions et celui des ministères.
Public et privé : comparer à poste égal
En moyenne, un agent public gagne un peu moins qu’un salarié du privé : 2 650 € nets par mois contre 2 735 € en 2023, en équivalent temps plein (INSEE). Mais comparer ces deux moyennes est trompeur, car les populations diffèrent.
- Les qualifications. La fonction publique de l’État emploie une forte proportion de diplômés du supérieur (enseignants, magistrats, ingénieurs) ; la territoriale, beaucoup d’emplois d’exécution.
- L’âge. Les agents publics sont en moyenne plus âgés que les salariés du privé, ce qui tire leur salaire moyen vers le haut.
- La structure de la rémunération. Les primes pèsent fortement dans certains corps et peu dans d’autres ; la part variable est faible, les écarts entre le haut et le bas de l’échelle plus resserrés que dans le privé.
- Les avantages non salariaux. La sécurité de l’emploi des titulaires, le mode de calcul des pensions (sur les six derniers mois de traitement, hors primes) ou les conditions de travail n’apparaissent pas dans le salaire.
Les études qui comparent à caractéristiques égales aboutissent le plus souvent à des écarts faibles en moyenne, plutôt favorables au public pour les moins qualifiés et au privé pour les plus qualifiés. Aucune ne mesure ce que produit chaque agent, faute de prix de marché pour une heure de cours ou une intervention de pompiers.
Les débats sur les effectifs
Le coût d’un agent dit peu de son utilité : un infirmier, un enseignant ou un policier coûte le même ordre de grandeur, mais le débat porte sur le nombre et l’organisation, pas sur le principe.