Police nationale, gendarmerie, tribunaux, prisons, pompiers et polices municipales : en 2024, les administrations publiques ont consacré 52,1 milliards d’euros à la sécurité et à la justice, soit 759 € par habitant. C’est l’un des postes qui ont le plus progressé en dix ans, avec une hausse de 46 %. Le budget de la justice, au sens strict des tribunaux, n’en représente pourtant que 8,3 milliards, moins que les pompiers et la police municipale réunis. Voici où va l’argent, ce qui a fait grimper la facture et pourquoi la France reste sous la moyenne européenne pour ses juges.
Le budget de la sécurité en chiffres
Les comptes nationaux de l’INSEE regroupent ces dépenses dans la fonction « ordre et sécurité publics » de la nomenclature internationale COFOG. Le périmètre est large : il couvre l’État (ministères de l’Intérieur et de la Justice), mais aussi les communes, qui paient les policiers municipaux, et les départements, qui financent l’essentiel des services d’incendie et de secours. L’armée, elle, est comptée à part, dans la défense.
Source : INSEE, comptes nationaux 2024 — dépenses des administrations publiques par fonction (COFOG), diffusé par Eurostat (gov_10a_exp) — fonctions 03.1, 03.2, 03.3, 03.4, 03.5, 03.6 · Tout le détail dans l’Explorer
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| Poste | Montant | Part |
|---|---|---|
| Police nationale | 14,9 Md€ | 28,5 % |
| Gendarmerie nationale | 11,9 Md€ | 22,8 % |
| Justice et tribunaux | 8,3 Md€ | 15,9 % |
| Pompiers et sécurité civile | 7,9 Md€ | 15,2 % |
| Prisons | 5,1 Md€ | 9,8 % |
| Polices municipales | 2,1 Md€ | 4,1 % |
| Sécurité routière et autres | 1,9 Md€ | 3,6 % |
| Poste | Montant 2024 | Par habitant | Part |
|---|---|---|---|
| Police nationale (estimation) | 14,9 Md€ | 216 € | 28,5 % |
| Gendarmerie nationale (estimation) | 11,9 Md€ | 173 € | 22,8 % |
| Justice et tribunaux | 8,3 Md€ | 121 € | 15,9 % |
| Pompiers et sécurité civile | 7,9 Md€ | 116 € | 15,2 % |
| Prisons | 5,1 Md€ | 75 € | 9,8 % |
| Polices municipales (estimation) | 2,1 Md€ | 31 € | 4,1 % |
| Sécurité routière et autres | 1,9 Md€ | 27 € | 3,6 % |
| Total | 52,1 Md€ | 759 € | 100 % |
Rapporté à l’ensemble de la dépense publique (1 671,8 Md€), le bloc pèse 3,1 % : c’est à peu près autant que la défense, et plus de huit fois moins que les retraites. Il représente 1,8 % du PIB.
Police nationale et gendarmerie : le budget de la sécurité intérieure
Avec près de 26,8 milliards d’euros, les deux forces de sécurité intérieure absorbent plus de la moitié du poste. Leur organisation diffère : la police nationale, civile, compte environ 153 000 agents et couvre les villes ; la gendarmerie, militaire, rassemble environ 100 000 personnes et veille sur 95 % du territoire, essentiellement rural et périurbain.
L’essentiel de la dépense est humain. Dans la police nationale, les gardiens de la paix et gradés coûtent à eux seuls environ 6,8 Md€ (environ 105 000 agents, pour un coût employeur moyen de 64 600 € par an, cotisations et pensions comprises). Les dépenses de fonctionnement et d’équipement sont nettement plus modestes : de l’ordre de 450 M€ pour les véhicules et le carburant, 350 M€ pour les radios et l’informatique, 200 M€ pour les armes, gilets pare-balles et caméras-piétons. Pour comprendre ce que recouvre ce coût employeur, voir notre article Combien coûte un fonctionnaire ?.
Pour les années 2023 à 2027, la loi d’orientation et de programmation du ministère de l’Intérieur (LOPMI, 24 janvier 2023) a programmé une enveloppe supplémentaire de 15 milliards d’euros sur cinq ans, consacrée en particulier au numérique, à l’équipement et à la présence sur la voie publique.
Le budget de la justice et des tribunaux
Le budget de la justice au sens des comptes nationaux, celui des tribunaux, atteint 8,3 milliards d’euros en 2024, soit environ 121 € par habitant. Il finance des métiers très différents :
- les greffiers et fonctionnaires de justice, environ 25 000 agents, pour près de 1,2 Md€ ;
- la protection judiciaire de la jeunesse, qui suit les mineurs délinquants ou en danger, pour environ 1,1 Md€ ;
- les magistrats, environ 9 300, pour un peu plus de 1 Md€ ;
- l’aide juridictionnelle, qui paie l’avocat des justiciables modestes, pour environ 750 M€ ;
- les frais de justice (expertises, interprètes, analyses ADN), pour environ 700 M€ ;
- les palais de justice, la justice administrative (Conseil d’État, tribunaux administratifs) et l’informatique.
Dans le budget de l’État, la mission « Justice » regroupe ces dépenses et l’administration pénitentiaire. La loi d’orientation et de programmation de la justice du 20 novembre 2023 prévoit de porter ses crédits, hors pensions, de 9,5 milliards d’euros en 2023 à 10,7 milliards d’euros en 2027, avec 10 000 emplois supplémentaires sur la période, dont 1 500 magistrats et 1 800 greffiers.
Prisons : combien coûte un détenu ?
L’administration pénitentiaire a coûté 5,1 milliards d’euros en 2024. Près d’un tiers paie les quelque 30 000 surveillants (environ 1,6 Md€). Le reste finance la construction de places (environ 800 M€ en 2024, dans le cadre du programme de 15 000 places supplémentaires), les établissements en gestion déléguée et en partenariat public-privé (environ 700 M€), l’entretien et l’énergie des 187 établissements, les conseillers d’insertion et de probation, et environ 336 M€ de repas : 84 millions de repas par an, à 4 € environ le repas.
La population carcérale atteint des records. Le ministère de la Justice comptait 86 100 personnes détenues au 1er janvier 2026 (6,8 % de plus en un an), puis 90 020 au 1er septembre 2026, pour environ 63 300 places opérationnelles : la densité carcérale globale atteignait alors 142 %. Dans les maisons d’arrêt, qui accueillent les prévenus et les courtes peines, elle dépassait 176 %, et plus de 8 000 matelas étaient posés au sol.
L’écart entre ces chiffres n’est pas une contradiction. La division brute surestime le coût d’un détenu, parce que le budget pénitentiaire finance aussi le suivi des personnes condamnées qui purgent leur peine hors les murs (sursis probatoire, travail d’intérêt général, bracelet), et les investissements immobiliers, qui servent pendant des décennies. Le coût par jour varie aussi beaucoup selon le type d’établissement : une maison centrale de haute sécurité coûte nettement plus qu’une maison d’arrêt.
Pompiers et polices municipales : la part des collectivités
On l’oublie souvent : une partie importante du poste ne relève pas de l’État. Les pompiers et la sécurité civile coûtent 7,9 Md€, financés surtout par les départements et les communes au travers des services départementaux d’incendie et de secours (SDIS). Ils ont réalisé environ 4,75 millions d’interventions en 2024, dont 87 % de secours d’urgence aux personnes : malaises, chutes, accidents de la route, bien plus que des incendies. Leur dépense a fortement progressé depuis la départementalisation des SDIS, à la fin des années 1990.
Les polices municipales, environ 27 000 agents employés par les communes, représentent quant à elles un peu plus de 2 Md€ selon notre estimation. Leur nombre a nettement augmenté ces dernières années, sans que leur statut ni leurs missions ne soient uniformes d’une ville à l’autre : certaines sont armées, d’autres non.
+46 % en 10 ans : pourquoi
En euros courants, la dépense de sécurité et de justice est passée de 35,8 Md€ en 2015 à 52,1 Md€ en 2024, soit +46 %. Une fois l’inflation retirée, la hausse reste de 22 %, nettement plus rapide que celle de la population (+3 %). Sur trente ans, le poste a presque été multiplié par trois en euros courants (18,1 Md€ en 1995) et a progressé de 87 % en euros constants.
Source : INSEE, comptes nationaux, dépenses par fonction (Eurostat gov_10a_exp) · Voir le détail dans l’Explorer
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| Année | Police, justice, pompiers |
|---|---|
| 1995 | 27,9 Md€ |
| 1996 | 28 Md€ |
| 1997 | 27,8 Md€ |
| 1998 | 28,2 Md€ |
| 1999 | 29,2 Md€ |
| 2000 | 29,8 Md€ |
| 2001 | 32,7 Md€ |
| 2002 | 34,8 Md€ |
| 2003 | 35,8 Md€ |
| 2004 | 35,9 Md€ |
| 2005 | 36,1 Md€ |
| 2006 | 36,2 Md€ |
| 2007 | 36,7 Md€ |
| 2008 | 38,9 Md€ |
| 2009 | 40,6 Md€ |
| 2010 | 41,6 Md€ |
| 2011 | 41,6 Md€ |
| 2012 | 41,6 Md€ |
| 2013 | 41,8 Md€ |
| 2014 | 42,2 Md€ |
| 2015 | 42,6 Md€ |
| 2016 | 43,5 Md€ |
| 2017 | 44,6 Md€ |
| 2018 | 45 Md€ |
| 2019 | 46,3 Md€ |
| 2020 | 46,1 Md€ |
| 2021 | 47,2 Md€ |
| 2022 | 48,8 Md€ |
| 2023 | 49,7 Md€ |
| 2024 | 52,1 Md€ |
Plusieurs moteurs se cumulent :
- Les recrutements après les attentats de 2015. Plusieurs plans de renfort ont créé des milliers de postes de policiers et de gendarmes, puis de magistrats et d’agents pénitentiaires.
- Les lois de programmation de 2023, côté Intérieur comme côté Justice, qui fixent des hausses de crédits sur cinq ans.
- La hausse de la population carcérale, qui oblige à construire des places et à recruter des surveillants.
- La revalorisation des carrières et le coût des pensions des fonctionnaires, intégré dans le coût employeur.
- La montée en charge des secours, portée par le vieillissement de la population et le recul de la médecine de ville dans certains territoires.
Sur dix ans, la sécurité figure ainsi parmi les postes les plus dynamiques, comme le montre notre classement des budgets qui ont le plus augmenté.
Source : INSEE, comptes nationaux, dépenses par fonction (Eurostat gov_10a_exp) ; déflateur du PIB
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| Poste | Évolution réelle 2015-2024 |
|---|---|
| Logement et aménagement | +31 % |
| Environnement | +23 % |
| Police, justice, pompiers | +22 % |
| Santé | +21 % |
| Défense | +20 % |
| Arrêts maladie et invalidité | +18 % |
| Intérêts de la dette | +13 % |
| Culture, sport, loisirs | +11 % |
| Retraites | +9 % |
| Solidarité et lutte contre la pauvreté | +9 % |
| Éducation et recherche | +7 % |
| Fonctionnement des pouvoirs publics | +6 % |
| Famille et enfance | +2 % |
| Économie, transports, énergie | +2 % |
| Chômage et emploi | −3 % |
Comparaisons européennes
Pour l’ensemble « ordre et sécurité publics », la France se situe dans la moyenne. Selon Eurostat, ce poste représente 1,8 % du PIB en 2024, contre 1,7 % dans l’Union européenne, 1,6 % en Allemagne et 1,8 % en Italie et en Espagne.
Source : Eurostat, dépenses des administrations publiques par fonction (gov_10a_exp), 2024
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| Pays | % du PIB |
|---|---|
| Pays-Bas | 1,9 % |
| France | 1,8 % |
| Italie | 1,8 % |
| Espagne | 1,8 % |
| Union européenne (27) | 1,7 % |
| Belgique | 1,7 % |
| Allemagne | 1,6 % |
| Suède | 1,6 % |
| Danemark | 1 % |
Le tableau change lorsqu’on isole la justice. La Commission européenne pour l’efficacité de la justice (CEPEJ, Conseil de l’Europe) compare chaque année les systèmes judiciaires. Dans son rapport 2024, fondé sur les données 2022, la France compte 11,3 juges professionnels pour 100 000 habitants, contre une médiane de 17,6 dans les pays membres, et environ 3 procureurs pour 100 000 habitants, l’un des niveaux les plus bas.
Les débats
Pour aller plus loin, le chapitre Police et justice explique pas à pas le fonctionnement de la chaîne pénale, et l’Explorer détaille chaque poste jusqu’aux palais de justice et aux repas des détenus.