Le budget d’une commune se lit en deux colonnes : d’un côté, le fonctionnement, qui paie chaque année les agents, l’énergie, les cantines et l’entretien ; de l’autre, l’investissement, qui finance les écoles neuves, la voirie et les équipements. Le premier doit être voté en équilibre, sans emprunt : c’est la règle d’or des collectivités. En 2024, les près de 35 000 communes françaises ont dépensé 116,2 milliards d’euros selon l’Observatoire des finances et de la gestion publique locales (OFGL). D’où vient cet argent, où va-t-il, et comment lire le budget de votre mairie ?
Le budget d’une commune en 2 sections
Chaque année, avant le 15 avril (le 30 avril l’année d’un renouvellement des conseils municipaux, comme en 2026), le conseil municipal vote le budget primitif. C’est un acte d’autorisation : le maire ne peut pas engager une dépense qui n’y figure pas. Dans les communes de 3 500 habitants et plus, ce vote est précédé d’un débat d’orientation budgétaire, appuyé sur un rapport public.
| Section de fonctionnement | Section d’investissement | |
|---|---|---|
| Ce qu’elle paie | Salaires, énergie, fournitures, cantines, subventions aux associations, intérêts de la dette | Travaux, bâtiments, voirie, équipements, remboursement du capital de la dette |
| Ce qui la finance | Impôts locaux, dotations de l’État, tarifs des services | Épargne dégagée en fonctionnement, subventions, FCTVA, emprunt |
| Règle | Équilibre strict, emprunt interdit | Emprunt autorisé |
Le lien entre les deux, c’est l’épargne brute : ce qui reste des recettes de fonctionnement une fois les dépenses courantes payées. Plus elle est élevée, plus la commune peut investir sans s’endetter. C’est l’indicateur que suivent de près les préfectures, les banques et les chambres régionales des comptes.
Les recettes : impôts locaux, dotations, tarifs
Une mairie dispose de trois grandes sources de revenus pour fonctionner.
- Les impôts locaux. Depuis la suppression complète de la taxe d’habitation sur les résidences principales en 2023, la taxe foncière sur les propriétés bâties est devenue la principale ressource fiscale des communes. Le conseil municipal en vote le taux ; l’État fixe la base, revalorisée chaque année selon l’inflation. Restent la taxe d’habitation sur les résidences secondaires, la taxe foncière sur les terrains non bâtis et, selon les cas, la taxe additionnelle aux droits de mutation ou la taxe locale sur la publicité extérieure.
- Les dotations de l’État. La principale est la dotation globale de fonctionnement (DGF). Son enveloppe nationale est gelée en 2026 à 27,4 Md€ pour l’ensemble des collectivités, au même niveau qu’en 2025 : sans indexation sur l’inflation, c’est une baisse en euros constants. À l’intérieur de l’enveloppe, la péréquation, qui favorise les communes pauvres, augmente, si bien que la dotation forfaitaire recule pour de nombreuses communes.
- Les produits des services. Cantine, crèche, piscine, conservatoire, stationnement : les familles paient une partie du coût, rarement la totalité.
En investissement s’ajoutent les subventions de l’État, de la région ou du département, le fonds de compensation de la TVA (FCTVA), qui rembourse une partie de la TVA payée sur les travaux, et l’emprunt.
Les dépenses : personnel, écoles, voirie, social
Source : OFGL, comptes consolidés des communes 2024 (budgets principaux et annexes), data.ofgl.fr · Tout le détail dans l’Explorer
Voir les données
| Poste | Montant | Part |
|---|---|---|
| Personnel (salaires et cotisations) | 45,3 Md€ | 40,7 % |
| Investissements (bâtiments, routes, équipements) | 28,5 Md€ | 25,6 % |
| Achats et charges externes (fournitures, énergie, repas, entretien) | 23,2 Md€ | 20,8 % |
| Autres aides sociales, subventions et participations | 7,2 Md€ | 6,5 % |
| Autres dépenses de fonctionnement | 3,3 Md€ | 3 % |
| Intérêts de la dette | 1,9 Md€ | 1,7 % |
| Subventions d’investissement versées | 1 Md€ | 0,9 % |
| Autres dépenses d’investissement | 1 Md€ | 0,9 % |
Le premier poste, de loin, c’est le personnel : 45,3 Md€ en 2024, soit près de 4 euros sur 10 dépensés par les communes. Agents des écoles et des cantines, des espaces verts, de la voirie, de l’état civil, policiers municipaux, animateurs : la commune est un employeur de main-d’œuvre. Viennent ensuite les investissements (28,5 Md€) et les achats et charges externes (23,2 Md€) : énergie des bâtiments, fournitures, repas, contrats d’entretien. Les intérêts de la dette ne pèsent que 1,9 Md€.
Par fonction, les compétences de la commune sont d’abord des services de proximité : écoles maternelles et élémentaires (bâtiments, agents, cantines, périscolaire), voirie communale, propreté, sport et culture, petite enfance, action sociale via le centre communal d’action sociale (CCAS). Une partie de ces missions, comme les déchets, l’eau ou les transports, est souvent transférée à l’intercommunalité.
La règle d’or : une commune ne peut pas emprunter pour fonctionner
Contrairement à l’État, une commune n’a pas le droit de voter un budget de fonctionnement en déficit. L’article L1612-4 du code général des collectivités territoriales impose un équilibre réel : chaque section doit être votée en équilibre, avec des recettes évaluées de façon sincère, et le remboursement du capital de la dette doit être couvert par des ressources propres, pas par un nouvel emprunt.
Résultat : la dette locale finance exclusivement des équipements. C’est l’une des raisons pour lesquelles la dette des collectivités reste faible par rapport à celle de l’État, alors même qu’elles portent plus de la moitié de l’investissement public. Pour comparer avec la dette nationale, voyez notre dossier sur la dette publique de la France.
Exemple réel : une ville de 15 000 habitants
Prenons Ambérieu-en-Bugey, dans l’Ain : 15 930 habitants. Selon les comptes consolidés publiés par l’OFGL pour 2025, la commune a dépensé 20,7 M€, hors remboursement du capital de la dette, pour 19,6 M€ de recettes. L’écart, 1,1 M€, a été couvert par l’emprunt ou les réserves accumulées : c’est permis tant que la section de fonctionnement reste équilibrée, l’emprunt ne pouvant financer que l’investissement.
| Ambérieu-en-Bugey, 2025 | Montant | Par habitant |
|---|---|---|
| Dépenses totales | 20,7 M€ | 1 300 € |
| dont fonctionnement | 15,4 M€ | 967 € |
| dont personnel | 8,8 M€ | 552 € |
| dont investissement | 5,3 M€ | 333 € |
| Recettes totales | 19,6 M€ | 1 231 € |
Le personnel représente 57 % du fonctionnement. Par grands postes, d’après une répartition estimée par Équilibre Ninja à partir de la balance comptable de la DGFiP, viennent d’abord la mairie et l’administration (4,2 M€), les écoles et cantines (3,4 M€), la culture (1,7 M€) et la solidarité, la petite enfance et la santé (1,6 M€). Les intérêts de la dette ne coûtent que 0,1 M€.
Avec 1 300 € par habitant, Ambérieu dépense moins que la médiane des quelque 1 070 villes de la base d’Équilibre Ninja, pour la plupart de plus de 10 000 habitants (environ 1 720 € par habitant). Les écarts entre communes sont considérables et ne disent rien, à eux seuls, de la qualité de la gestion : une ville-centre qui finance une piscine, un théâtre et un conservatoire utilisés par toute l’agglomération dépense mécaniquement plus qu’une commune résidentielle voisine.
Comment trouver le budget de sa commune
- Sur le site de la mairie. Les communes doivent publier leur budget primitif, leur compte de l’année et, à partir de 3 500 habitants, le rapport d’orientation budgétaire. Les délibérations sont aussi consultables en mairie.
- Sur data.ofgl.fr. L’OFGL met en ligne les comptes de toutes les communes, sur plusieurs années, avec des indicateurs standardisés (épargne, dette, dépenses par habitant).
- Dans Équilibre Ninja. L’Explorer présente la dépense de l’ensemble des communes poste par poste. Le mode Ma commune charge le budget réel de plus de 1 000 villes, poste par poste, et vous met à la place du conseil municipal.
Simuler le budget de sa mairie (Premium, pour les profs et les élus)
Que devient le budget d’une ville si la DGF reste gelée cinq ans, si l’énergie flambe ou si le taux d’emprunt double ? Le module de simulation projette les comptes d’une commune sur dix ans à partir de ses données réelles : épargne brute, capacité d’investissement, dette, taux de taxe foncière nécessaire pour tenir l’équilibre. Il est conçu pour les cours de sciences économiques et sociales, les formations d’élus et les débats d’orientation budgétaire.