Le budget de la santé, c’est 261,2 milliards d’euros de dépense publique en 2024 selon l’INSEE : 8,9 % du PIB, 15,6 % de toute la dépense publique, environ 3 803 € par habitant et par an. C’est le deuxième poste après les retraites, et celui qui grossit le plus vite parmi les gros postes : +45 % en dix ans. L’hôpital en prend 109 milliards, les médecins et soins de ville 92, les médicaments et appareils 44. Voici où va chaque euro, comment se fixe l’enveloppe et ce qui fait débat.
Le budget de la santé en chiffres
Ces 261,2 milliards regroupent tout ce que les administrations publiques consacrent aux soins : les remboursements de l’Assurance maladie, le financement des hôpitaux, la prévention conduite par l’État et les départements, la recherche médicale publique et la gestion du système. Le chiffre suit la nomenclature internationale COFOG, ce qui permet de comparer la France à ses voisins.
Ramené au quotidien, cela fait environ 317 € par mois et par personne, nourrissons et centenaires compris. Une consultation chez le médecin traitant coûte 30 € depuis le 22 décembre 2024, dont environ 19 € à la charge de la Sécurité sociale. Un repas servi à un patient hospitalisé revient à quelque 11 € tout compris, et une journée d’hospitalisation à domicile à environ 200 €.
Hôpital, ville, médicaments : la répartition
Source : INSEE, comptes nationaux 2024 — dépenses des administrations publiques par fonction (COFOG), diffusé par Eurostat (gov_10a_exp) — fonctions 07.1, 07.2, 07.3, 07.4, 07.5, 07.6 · Tout le détail dans l’Explorer
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| Poste | Montant | Part |
|---|---|---|
| Hôpitaux | 109,3 Md€ | 41,9 % |
| Médecins et soins de ville | 91,8 Md€ | 35,1 % |
| Médicaments, lunettes et appareils | 43,7 Md€ | 16,7 % |
| Prévention et santé publique | 8 Md€ | 3 % |
| Recherche médicale | 6,7 Md€ | 2,6 % |
| Gestion de l’Assurance maladie et des ARS | 1,6 Md€ | 0,6 % |
| Poste | Montant 2024 | Part |
|---|---|---|
| Hôpitaux | 109,3 Md€ | 41,9 % |
| Médecins et soins de ville | 91,8 Md€ | 35,1 % |
| Médicaments, lunettes et appareils | 43,7 Md€ | 16,7 % |
| Prévention et santé publique | 8,0 Md€ | 3,0 % |
| Recherche médicale | 6,7 Md€ | 2,6 % |
| Gestion de l’Assurance maladie et des ARS | 1,6 Md€ | 0,6 % |
| Total | 261,2 Md€ | 100 % |
Le budget de l’hôpital : 109 milliards
Les hôpitaux publics, CHU et centres hospitaliers, captent environ 77 Md€ de ces financements, selon la clé de répartition des comptes de la santé. Les cliniques privées en reçoivent près de 18 Md€ pour la part prise en charge par l’Assurance maladie, les hôpitaux privés à but non lucratif environ 13 Md€ et l’hospitalisation à domicile 1,5 Md€.
À l’hôpital public, l’essentiel de la dépense, ce sont des salaires : infirmiers, aides-soignants, médecins, agents techniques. Le personnel représente environ les deux tiers des charges, loin devant les médicaments et le matériel médical (environ 12 %) ou les bâtiments et l’énergie. Le détail, ligne par ligne, est dans l’Explorer de l’hôpital.
Soins de ville et médicaments
Les soins de ville couvrent les consultations de généralistes (10,2 Md€) et de spécialistes (12 Md€), les infirmiers libéraux (9 Md€), les kinés, les dentistes, les analyses de laboratoire et les transports sanitaires (5,8 Md€). Côté produits, les médicaments remboursés en pharmacie pèsent environ 24 Md€. Deux familles concentrent à elles seules près d’un tiers de cette somme : les anticancéreux (4 Md€) et les immunosuppresseurs utilisés contre la polyarthrite ou la maladie de Crohn (3,5 Md€). À l’autre bout de l’échelle, le paracétamol, l’un des médicaments les plus prescrits, ne coûte à la collectivité que 0,4 Md€ par an.
L’ONDAM : comment se fixe l’enveloppe
Chaque automne, le gouvernement dépose le projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Ce texte fixe l’objectif national de dépenses d’Assurance maladie, l’ONDAM : un objectif de dépenses pour l’année suivante, découpé en sous-objectifs (soins de ville, établissements de santé, médico-social, etc.).
Pour 2026, la loi de financement adoptée le 16 décembre 2025 a retenu 274,4 Md€, soit +3,1 %, contre +1,6 % dans le projet initial. Le projet pour 2027, déposé le 1er octobre 2026, propose de ramener l’objectif 2026 à 273,3 Md€ (+2,8 %) et fixe 278,7 Md€ pour 2027, soit +2,0 % à champ constant. Or la progression « naturelle » des dépenses, si rien ne change, est estimée à 3,4 % : l’écart doit être comblé par 5,1 Md€ d’économies, dont 2,1 Md€ sur les produits de santé (médicaments et dispositifs médicaux) et 1,0 Md€ sur les indemnités journalières. L’Assemblée nationale a rejeté le texte en première lecture le 23 octobre 2026 ; son examen se poursuit au Parlement.
Pourquoi la santé coûte de plus en plus cher
Source : INSEE, comptes nationaux, dépenses par fonction (Eurostat gov_10a_exp) · Voir le détail dans l’Explorer
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| Année | Santé |
|---|---|
| 1995 | 84,2 Md€ |
| 1996 | 88,5 Md€ |
| 1997 | 88,3 Md€ |
| 1998 | 91,9 Md€ |
| 1999 | 95,3 Md€ |
| 2000 | 101,7 Md€ |
| 2001 | 107,1 Md€ |
| 2002 | 115 Md€ |
| 2003 | 122,5 Md€ |
| 2004 | 129,3 Md€ |
| 2005 | 137,4 Md€ |
| 2006 | 142,1 Md€ |
| 2007 | 147,2 Md€ |
| 2008 | 150,7 Md€ |
| 2009 | 157,4 Md€ |
| 2010 | 162,5 Md€ |
| 2011 | 167,5 Md€ |
| 2012 | 170,5 Md€ |
| 2013 | 174,4 Md€ |
| 2014 | 179,6 Md€ |
| 2015 | 180,9 Md€ |
| 2016 | 184,6 Md€ |
| 2017 | 190 Md€ |
| 2018 | 193,5 Md€ |
| 2019 | 198,1 Md€ |
| 2020 | 208 Md€ |
| 2021 | 234,7 Md€ |
| 2022 | 240,8 Md€ |
| 2023 | 249,7 Md€ |
| 2024 | 261,2 Md€ |
En 1995, la dépense publique de santé s’élevait à 84,2 Md€. Elle a franchi 180 Md€ en 2015 et atteint 261,2 Md€ en 2024. Inflation retirée, elle a doublé, quand la population n’augmentait que de 16 %.
Source : INSEE, comptes nationaux, dépenses par fonction (Eurostat gov_10a_exp) ; déflateur du PIB
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| Poste | Évolution réelle 2014-2024 |
|---|---|
| Logement et aménagement | +27 % |
| Défense | +25 % |
| Police, justice, pompiers | +23 % |
| Environnement | +22 % |
| Santé | +21 % |
| Arrêts maladie et invalidité | +19 % |
| Solidarité et lutte contre la pauvreté | +10 % |
| Retraites | +10 % |
| Éducation et recherche | +8 % |
| Intérêts de la dette | +5 % |
| Culture, sport, loisirs | +5 % |
| Économie, transports, énergie | +4 % |
| Fonctionnement des pouvoirs publics | +3 % |
| Famille et enfance | +0 % |
| Chômage et emploi | −3 % |
Sur dix ans, la santé progresse de 21 % en euros constants, deux fois plus vite que l’ensemble de la dépense publique (+10 %) et que les retraites (+10 %). Seuls quelques postes bien plus petits, comme la défense, la sécurité ou le logement, font mieux en proportion.
Vieillissement, innovations, crise Covid, Ségur
- Le vieillissement. Les plus de 65 ans consomment en moyenne bien plus de soins que les actifs, et leur nombre augmente avec l’arrivée des générations du baby-boom dans le grand âge.
- Les maladies chroniques. Diabète, cancers, maladies cardiovasculaires : les affections de longue durée, prises en charge à 100 %, concentrent une part croissante des remboursements.
- Les innovations. Thérapies ciblées, immunothérapies, médicaments contre les maladies rares : certains traitements coûtent plusieurs dizaines de milliers d’euros par patient et par an.
- La crise sanitaire. Tests, vaccins et soutien aux hôpitaux : la dépense bondit de 208,0 Md€ en 2020 à 234,7 Md€ en 2021 (+12,8 % en un an), et ne redescend pas ensuite.
- Le Ségur de la santé. Signés à l’été 2020, ces accords ont revalorisé les salaires des soignants des hôpitaux et des Ehpad (183 € nets par mois pour les personnels non médicaux) et lancé un plan d’investissement. Ces hausses sont pérennes : elles expliquent une bonne partie de la marche d’escalier visible sur la courbe.
La France face à ses voisins
Source : Eurostat, dépenses des administrations publiques par fonction (gov_10a_exp), 2024
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| Pays | % du PIB |
|---|---|
| France | 8,9 % |
| Danemark | 8,3 % |
| Belgique | 8 % |
| Allemagne | 7,6 % |
| Suède | 7,4 % |
| Union européenne (27) | 7,3 % |
| Pays-Bas | 7,3 % |
| Italie | 6,6 % |
| Espagne | 6,5 % |
Avec 8,9 % du PIB, la dépense publique de santé française dépasse la moyenne européenne (7,3 %) et l’Allemagne (7,6 %), selon Eurostat. L’écart tient en partie au mode de financement : en France, la part prise en charge par la collectivité est l’une des plus élevées d’Europe, et le reste à charge des patients l’un des plus faibles.
Qui paie : Assurance maladie, mutuelles, ménages
Selon la DREES, la consommation de soins et de biens médicaux a atteint environ 255 Md€ en 2024. Elle est financée ainsi :
L’Assurance maladie est elle-même financée par la CSG, les cotisations sociales des employeurs et, de plus en plus, par une fraction de TVA affectée à la Sécurité sociale. Chaque salarié en voit une partie sur sa fiche de paie, même si la cotisation maladie salariale a disparu en 2018 au profit d’une hausse de la CSG.
Les débats : franchises, déserts médicaux, prévention
Ces arbitrages ne sont pas seulement techniques : ils engagent un choix entre hausse des prélèvements, transfert de dépenses vers les complémentaires et les ménages, ou maîtrise de l’offre de soins. Pour replacer la santé dans l’ensemble des comptes publics, lisez notre panorama des dépenses publiques en France et le chapitre Comprendre la santé.